Gestion de classe

La classe flexible : tout ce que les profs doivent savoir

La classe flexible, nommée Flexible Seating en anglais, est avant tout une méthode d’aménagement de l’espace d’enseignement qu’est la classe, mais aussi un choix pédagogique certain repensant à la fois la posture des apprenants que sont les élèves et des enseignants. Ce concept né en Amérique du Nord s’est généralisé dans nombreuses salles de classe à travers le monde, notamment dans les pays scandinaves pour l’Europe. Ces classes se composent de plusieurs îlots au sein de la classe, et se retrouvent principalement dans l’enseignement maternelle et primaire. Elles sont rares au niveau secondaire pour plusieurs raisons pédagogiques et pratiques. En France, les écoles à pédagogie alternative adoptent ce modèle tandis que les écoles traditionnelles n’en sont qu’aux prémices de cet aménagement de l’espace scolaire qui révèle en réalité un changement de paradigme éducatif promouvant davantage les pédagogies collaboratives et différenciées.

Une pédagogie collaborative et différenciée

De nombreux enseignants et systèmes éducatifs ont adopté cette méthode à partir d’un constat : les salles de classe peuvent générer du bavardage, les enseignants éprouvent des difficultés à faire respecter les règles de discipline, les élèves manquent d’attention à des rythmes différents. L’enjeu est alors pour les équipes éducatives de trouver des moyens de favoriser l’apprentissage et l’épanouissement des élèves. Les différentes recherches menées montrent que les problèmes rencontrés ne tiennent pas tous des dispositifs scolaires en place, mais que leurs modifications permettront d’améliorer les contextes d’apprentissage. Ces problèmes tiennent à une rigidité et une homogénéité des modes d’enseignement. Il s’agit donc alors de favoriser la liberté des élèves à choisir leurs modes d’apprentissage tout en établissant des règles.

La première posture

La première posture révisée par la classe flexible est celle de l’élève, placé au centre du dispositif pédagogique. Il est libre de choisir son espace de travail dans la classe, ses modalités (seul, en binôme, en groupe), sa position (assis, debout). L’objectif est de donner aux élèves le choix du type d’espace qui leur convient le mieux et les aident à bouger (et donc à canaliser leur énergie au service des apprentissages), à communiquer, travailler en collaboration et s’engager dans un esprit critique.

Ce type de dispositif améliore principalement trois compétences transdisciplinaires : l’autonomie, la prise d’initiative et la responsabilité. Ainsi, l’élève est un apprenant actif, conscient à la fois de ses faiblesses, mais aussi de ses forces, ce qui lui permet de choisir son espace et son activité en fonction de ses besoins, mais aussi d’aider ses camarades. Cette pédagogie favorise la confiance en soi chez l’élève, mais aussi entre les élèves et l’enseignant.

La seconde posture

La seconde posture, et peut-être la plus déterminante, est celle de l’enseignant et de sa pédagogie. La classe flexible encourage le « lâcher-prise » sans forcément faire disparaitre les règles au sein de la classe. Cette posture permet à l’élève d’être un apprenant autonome et responsable où l’enseignant sort d’une posture transmissive pour se positionner comme accompagnateur, terme assez courant au sein des pédagogies alternatives. Il est un facilitateur d’apprentissage et repense les temps d’apprentissage. Il met à disposition un emploi du temps modulable dans lequel les élèves choisissent les activités qu’ils souhaitent réaliser selon un plan de travail, et propose des ressources aux élèves ainsi que des parcours individualisés.

enseignante dans une classe

Un aménagement de la salle de classe dynamique

Le concept de classe flexible passe avant tout par un aménagement de la salle de classe qui est l’espace d’apprentissage et d’enseignement. Si le terme en anglais, Flexible Seating, met l’accent sur les différentes assises proposées, les options d’aménagement vont au-delà du seul mobilier d’assises et visent à répondre aux différents types d’intelligence tout en façonnant la classe comme un laboratoire créatif. Il est essentiel que l’espace de l’enseignant soit intégré à l’espace de la classe. La salle de classe est ainsi repensée et réorganisée autour de différents usages.

Première étape

La première étape d’une création de classe flexible est la distribution en îlots de la classe, îlots de tables de travail, mais aussi d’espaces un peu différents tels qu’un coin lecture ou un espace d’isolement pour les enfants. Les méthodes d’identification varient, certains enseignants recourent à des affiches, d’autres des codes couleur : l’essentiel est que les élèves identifient les différents espaces au sein de la classe.

Seconde étape

La seconde étape est la variation des assises, la classe flexible devant en proposer au moins trois différentes se répartissant en deux grandes catégories. La première est celle des assises stimulantes. Elles offrent une plus grande amplitude de mouvement aux enfants et leur permettent ainsi de dépenser l’énergie en surplus dont ils disposent. Ces assises permettent ensuite de stimuler la motricité, l’éveil et l’attention des élèves. Il peut s’agir de ballons, de galettes d’assise, d’élastiques. S’ajoutent à ces premières assises les assises calmantes qui cette fois proposent une plus faible amplitude de mouvement, les élèves sont davantage centrés sur eux-mêmes et elles favorisent le retour au calme et une attention plus grande sur la tâche qui leur est confiée. Cette fois sont favorisés les banquettes, les coussins et les poufs.

À ce premier type de mobilier s’ajoutent d’autres éléments essentiels. Les tables d’abord peuvent aussi varier en fonction de leur taille, de leur forme et de leur hauteur : des tables hautes permettront aux élèves nécessitant de dépenser davantage d’énergie de rester debout tandis que des tables basses permettront à d’autres de s’utiliser des coussins. Il faut repenser les rangements pour être à disposition des élèves, donc accessibles et à leur hauteur. Des casiers, des rayonnages bas ou encore des paniers favorisent l’accès des élèves au matériel pédagogique.

La classe peut aussi comporter plusieurs cloisons flexibles qui permettent de délimiter les espaces, mais aussi d’offre des espaces de calme ou d’isolement, comme dans un coin lecture par exemple. Elles peuvent être constituées de petits paravents ou de tissus. Enfin, la classe flexible encourage aussi l’utilisation de petits objets, nommés fidgets, qui favorisent la manipulation et la mobilité des mains, et permettent à certains enfants de canaliser leur attention.

salle de classe

Limites et perspectives

Plusieurs limites sont à soulever quant à la conception d’une salle de classe flexible, autant matérielles que pédagogiques. D’abord, d’un point de vue matériel, les retours d’expériences d’enseignants ayant mis en place la classe flexible témoignent de plusieurs garde-fous à prendre en compte.

Première limite

Le premier est de ne pas se précipiter : la mise en place d’une classe flexible peut prendre du temps et se faire par tâtonnements. Le second garde-fou repose sur l’aspect matériel de ces aménagements. Il faut veiller au choix d’un mobilier qui réponde à un besoin pédagogique, mais également qui soit fonctionnel et pratique plus que design et esthétique. Par exemple, certaines assises ou certains fidgets peuvent être très bruyants.

Seconde limite

La seconde limite observée, ou en tous cas prévention à prendre en compte, est la mise en place de règles dans la salle de classe : si la pédagogie est davantage collaborative, cela ne signifie pas qu’elle est anarchique. Il faut veiller à ce que les règles soient construites, comprises et acceptées par tous, afin que l’ambiance d’apprentissage au sein de la classe soit sereine.

Par exemple, la répartition des élèves au sein des différents groupes et îlots peut mener à des situations conflictuelles, il faut alors veiller à ce qu’il y ait une certaine rotation dans la classe, en répartissant par exemple les élèves par groupe et en envisageant une rotation des îlots au cours de la journée ou de la semaine. En cela, l’enseignant garde son rôle de facilitateur. Il s’agit pour lui de clarifier les attentes mutuelles, d’identifier les comportements autorisés et d’instaurer un climat de confiance afin d’atteindre les objectifs d’apprentissage.

Troisième limite

La troisième limite porte sur l’objectif de pédagogie différenciée et rappelle la seconde : les élèves sont libres de choisir leurs espaces et apprentissages, mais l’enseignant reste un accompagnateur et aiguille les élèves en fonction de leurs besoins. Par exemple, certains auront besoin d’assises stimulantes ou de fidgets pour canaliser leur énergie et se concentrer tandis que d’autres auront besoin de calme et se laisseront facilement distraire par les fidgets ressemblant à des jouets, et ce sera donc à l’enseignant de les guider vers les dispositifs les plus adéquats.

Quatrième limite

Une dernière limite identifiée par de nombreux enseignants est la mise en place de ces classes flexibles. Si certaines écoles acceptent ces expérimentations, il revient à l’enseignant d’aménager sa classe. Les écoles étant souvent dans des bâtiments anciens avec des salles de classe relativement petites, au mobilier peu adapté. Le recours à des financements participatifs ou des dons de particuliers, notamment des parents, est une première étape pour les enseignants souhaitant mettre en place ce dispositif.

Les avantages des classes flexibles

L’expérience des classes flexibles, de plus en plus répandue, a donné cependant lieu à de nombreuses études scientifiques, notamment aux États-Unis. Plusieurs universités ont mené des expériences dans les classes à l’aide des enseignants sur des cohortes d’élèves différentes. Il en ressort que si la classe flexible ne résout pas tous les problèmes constatés, plusieurs bénéfices sont observés : l’augmentation de la capacité d’attention des jeunes qui ont l’autorisation de changer de place et de posture au cours du temps de classe, l’amélioration des capacités d’apprentissage, et une meilleure canalisation de l’énergie des élèves.

Enfin, si toutes les écoles et toutes les salles de classe n’adoptent le modèle de la classe flexible, il est évidemment que les pédagogies traditionnelles sont progressivement délaissées et laissent place à des aménagements de plus en plus récurrents et des pédagogies inspirées de celui-ci. Le coin ou l’espace bibliothèque est présent dans de nombreuses classes, et s’identifie souvent très rapidement par la présence de coussins, d’une petite étagère où tous les élèves ont accès et d’un tapis. L’aspect chaleureux et confortable est donc une invitation au calme, au retour à soi, favorable à la lecture. De la même manière, le coin informatique a laissé progressivement la place à des espaces « fablab » où se regroupent des ordinateurs ainsi que quelques objets technologiques, invitant davantage au partage et à la coopération.

Les classes flexibles dans l’enseignement secondaire

Dans l’enseignement secondaire, les classes flexibles sont plus difficiles à mettre en place car les élèves changent de salle presque à chaque heure de cours, tout comme les enseignants. Cependant, de plus en plus de collèges et de lycées tentent l’expérience. Certaines salles s’y prêtent plus que d’autres. Les laboratoires de sciences de la vie et de la terre par exemple sont un lieu d’expérimentation avec des modifications très simples qui témoignent de l’ingéniosité des équipes enseignantes, mais aussi d’une volonté de s’approprier l’espace de la salle de classe (balles de tennis au pied des tabourets pour les déplacer, décorations sur les thèmes scientifiques, plantes vertes), tout comme de l’adoption de pédagogies collaboratives et différenciées par la pédagogie par projets en groupe et le calibrage des scenarii pédagogiques au profil des élèves.

Si traditionnellement dans de nombreux pays la pédagogie était liée au concept de la salle de classe, en autobus, les exigences pédagogiques et éducatives aujourd’hui se transforment. L’essaimage progressif des pédagogies nouvelles, ou tous cas qui ne sont pas la norme dans les systèmes scolaires classiques, montre bien une volonté progressive des corps enseignants à moderniser leurs méthodes d’enseignement plaçant au cœur de leur projet l’élève en tant qu’apprenant et se fondant sur des résultats de recherches scientifiques. Cet essaimage au sein d’écoles non alternatives montre ainsi un renouvellement des paradigmes pédagogiques appelés à se transformer au XXIème siècle.

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