Cours et exercices

Les différents procédés d’écriture et leurs effets

Chaque auteur a son propre style de ​rédiger les textes. Sa touche personnelle est présente dans ses écrits. En plus, il emploie des procédés d’écriture qui lui permettent de se construire un style et d’embellir ses textes. En d’autres termes, ils donnent au texte littéraire sa spécificité, car celui-ci tire sa signification et notamment sa forme.

De surcroît, le style de l’auteur peut être analysé selon plusieurs aspects​ : les registres de langue, les procédés littéraires, et les figures de style. Donc, nous présentons dans cet article un guide des procédés d’écriture et surtout les figures de style.

Qu’est ce qu’un procédé d’écriture ?

Dans le Guide des procédés d’écriture, Anne Gagnon, Carl Perrault et Huguette Maisonneuve définissent le procédé d’écriture ou le procédé littéraire comme « un moyen d’expression dont il est possible de tirer du sens ou de dégager un effet. »

En plus, les procédés d’écriture ne sont pas exclusifs à la littérature, nous les employons quotidiennement sans même nous en rendre compte. Les publicitaires en font d’ailleurs un usage surabondant.

Procédés d’écriture : exemple

Par exemple, pour affirmer qu’un homme est gentil, il est possible d’écrire cette phrase neutre :

  • L’homme est gentil : phrase neutre
  • Ce n’est pas méchant : litote
  • C’est un ange ! une métaphore.       

Un message peut donc être formulé de différentes manières, à l’aide d’une variété de procédés d’écriture. En effet, dans cet exemple, tous les procédés d’écriture utilisés portent le même sens général : le locuteur cherche à exprimer sa satisfaction et à complimenter le destinataire.

Par ailleurs, ces procédés littéraires se distinguent toute fois par des nuances de sens : par la litote, le locuteur met en valeur son compliment ; par l’hyperbole ou par la phrase exclamative, il s’exprime avec plus d’enthousiasme, etc.

Un guide des procédés d’écriture ou procédés littéraires

Comment trouver des procédés d’écriture ou des procédés littéraires dans un texte (théâtre, poésie…) ?

Nous présentons dans ce tableau des procédés d’écriture. En d’autres termes, tous les procédés d’écriture lexicaux, stylistiques et syntaxiques pour vous aider à les repérer facilement :

Les procédés d’écriture lexicaux

Le texte est émaillé de mots se rapportant à une même notion. Donc, cela donne une unité au texte et permet de dégager un thème dominant (la nature, la fuite du temps, le partage…), un registre ,une intention du narrateur. Voici les différents procédés d’écriture lexicaux :

NomDéfinitionExemplesEffets/sens
La dénotation (le sens propre)  • Le sens dénoté est le sens premier du mot.
• La dénotation indique le ou les sens objectifs d’un mot ; ce sont les sens inscrits au dictionnaire.
• « être malade du cœur ». Le terme « cœur » désigne l’organe physique.  
• Le nom « blanc » désigne une couleur
Effet de précision, marque l’objectivité ou la rationalité
La connotation (le sens figuré)    • Le sens connoté est le sens second du mot.  
• La connotation est un sens donné au mot, qui implique une valeur culturelle ou morale pour des personnes qui ont une expérience ou des références communes sur les plans historique, géographique, social, politique, artistique.
• « avoir le cœur brisé » le terme cœur renvoie aux émotions, à la sensibilité.  
Le blanc est associé à la mort pour un lecteur de culture africaine tandis que c’est le noir pour les lecteurs francophones d’Europe.
• Effet de subjectivité.  
• Le sens variable, subjectif et suggéré. Ce sens dépend de l’individu et/ou du contexte
Le lexique mélioratif et péjoratif• On utilise un vocabulaire mélioratif quand le but est de donner une image positive du lieu décrit ou une opinion favorable.
• On utilise un vocabulaire péjoratif quand le but est de donner une image négative du lieu décrit ou une opinion défavorable
« Il cria avec une voix rauque et furieuse qui ressemblait plutôt à un aboiement qu’à un cri humain et qui couvrait le bruit des huées »(Victor Hugo, Notre dame d Paris, 1931)• Il faut être prudent à l’interprétation du vocabulaire. Il faut tenir compte de l’époque, du contexte culturel et du courant littéraire
• Des mots mélioratifs traduisent une opinion favorable
• Des mots péjoratifs traduisent une opinion défavorable
Le champ lexical• Le champ lexical est constitué de mots (au moins 3) appartenant à une même thématique.
• Il est formé de synonymes, de mots de même famille, d’expressions ou de termes ayant un sens commun.
• Cette série de mots exprime l’idée dominante.    
Le soleil vif et brillant du matin illuminait la pièce d’une clarté éblouissanteLe champ lexical de la lumière exprime bien l’atmosphère qui règne dans la pièce.    

Les procédés d’écriture stylistiques ou figures de style

Les figures de style sont les mots ou expressions souvent utilisés qui ne sont pas littéralement vrais mais qui ont une signification différente de leur sens littéral.

L’idée qui provoque une émotion ou un sentiment en nous est dirigée par la figure de style. Dans cet article, nous explorerons certaines figures de style courantes et donnerons des exemples sur la façon dont elles sont appliquées dans la littérature comme moyen d’impact émotionnel.

Quelques des procédés d’écriture stylistiques ou figures de style courantes :

Nom de figure de styleDéfinitionExemplesEffets/sens
  La comparaison (analogie)• Rapproche deux éléments, un comparé et un comparant, pour en souligner les ressemblances ou les différences. Le rapprochement des deux termes se fait au moyen d’un mot comparatif.
• La comparaison établit une ressemblance compréhensible et logique entre deux éléments  
• « La terre est bleue comme une orange » (Paul Eluard, L’amour, La poésie, 1929
• « le clocher se dressait droit comme un i »
• L’interprétation doit se faire en fonction du contexte.
• un rapprochement entre deux éléments. L’élément imaginaire [le comparant] apporte une vision nouvelle de la réalité [le comparé].
• Pour analyser, on explique le point commun entre le comparant et le comparé.
La métaphore [analogie]• La métaphore remplace une réalité par une autre image. • On ne dit pas qu’il s’agit d’une ressemblance, mais on présente directement l’image parallèle.• « Il avait la truffe rouge »
• « Le monde entier est une scène » [Shakespeare, Comme il vous plaira, 1599]  
• La comparaison établit un rapprochement entre deux éléments et apporte une vision nouvelle de la réalité décrite, mais la métaphore surprend, surtout lorsque le comparé [la réalité décrite] n’est pas exprimée.
• Pour analyser, on explique le point commun entre le comparant et le comparé.
Personnification [analogie]La personnification donne un aspect humain à un objet ou à un animal ou à des notions abstraites.  • « les bras du fauteuil »
• « la bouche d’égout »…
La personnification crée des images originales, irrationnelles et surnaturelles.
L’antithèseLe narrateur développe deux vocabulaires opposés dans un paragraphe ou dans un texte.  • Être le jour qui monte et l’ombre qui descend.
– Anna de Noailles
• Zazie se tient de grands discours avec sa petite voix intérieure.
– Raymond Queneau
Effet produit : le développement d’une opposition logique et attendue.
L’oxymoreL’auteur rapproche dans la même phrase deux mots totalement opposés  • « riche d’amour et pauvre de richesses »
• « une nuit blanche »  
Effet produit : une opposition surprenante et inattendue
La métonymie [substitution]• On utilise un élément associé pour ne pas dire clairement de quoi on parle.
• Dans la publicité ci-contre, le nounours décapité suggère un enfant mort : on ne ne peut pas montrer la réalité telle quelle, on utilise un élément associé pour faire comprendre.
• Au quotidien : boire un verre ((//l’eau dedans)
• « Moi, mes souliers ont beaucoup voyagé » Félix Leclerc, 1950
• On reconnait la métonymie dans l’anomalie du discours qu’elle crée.  
La périphrase (substitution)un mot ou un groupe de mot décrit un élément au lieu de le nommer.  Les miroirs de l’âme révélaient son désespoir.  (les yeux)
• « l’île de Beauté » (la Corse)
• Effet produit : la périphrase permet d’insister sur certaines caractéristiques de l’élément dont on parle.
L’antiphrase (substitution)Exprimer le contraire de sa pensée dans un but ironique« Quel temps magnifique » pour dire « cette pluie m’agace »Dire le contraire de ce que l’on pense réellement. Le but est de créer un effet d’ironie ou de dénoncer quelque chose.
L’euphémisme (substitution)Dire de facon atténuée une réalité choquante ou blessante.• « Il nous a quitté » (la mort)
• « vous êtes remercié » (licencié)
L’euphémisme permet d’atténuer la réalité
L’hyperbole (amplification et substitution)L’hyperbole est une exagération très forte.  • « il a subit mille morts »
• être mort de faim  
Effet produit : forte exagération.

Les procédés d’écriture syntaxiques

L’analyse des procédés d’écriture syntaxique comprend l’étude des types de phrases et les temps verbaux. Voici des exemples de ces ces procédés de syntaxe :

NomDéfinitionExemplesEffets/sens
La répétitionOn rajoute des éléments les uns sur les autres, des éléments identiques (le même mot, le même groupe…).  La terre était grisele blé était grisle ciel était gris.
– Giono
• Et elleelle reste là.
– Jacques Brel
Effet produit : • effet de liste, d’exagération, d’insistance (plutôt utilisé pour une critique).  
L’énumération (l’accumulation)Suite de mots ou de groupes de mots qui appartiennent à la même catégorie grammaticale« Viens m’embrasser Et je te donnerai Un frigidaire Un joli scooter Un atomixaire Et du Dunlopillo Une cuisinière Avec un four en verre Des tas de couverts Et des pelles à gâteaux »Effet produit : effet de liste, d’exagération, d’insistance.
La gradationOn augmente peu à peu la force des mots dans un champ lexical ou une accumulation.  « Je meurs, je suis mort, je suis enterré » Molière, l’Avare, 17° siècleEffet produit : une dramatisation, dans une gradation ascendante, ou un essoufflement
L’anaphoreRépétition insistance d’un mot ou groupe de mots en tête de phrase, de paragraphe, de vers ou de strophe« “Paris ! Paris outragé !  Paris brisé ! Paris martyrisé ! Mais Paris libéré ! » – Charles de Gaulle, extrait du discours du 25 août 1944.Anaphore crée un effet rythmique
L’éllipseOmission volontaire de certains mots indispensables à la compréhension de la phrase.Heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage.
– Du Bellay
L’éllipse crée un raccourci. Dans cet exemple, il faut comprendre : heureux est l’individu qui comme Ulysse a fait un beau voyage.
Le parallélismeParallèle entre deux ou plusieurs énoncés ayant une structure syntaxique similaireQue la vie est belle ! Que la nature est tendre !Effet de symétrie et d’équilibre

Étapes pour analyser un texte littéraire

Pour analyser un texte (théâtre, poésie…) vous pouvez suivre la démarche suivante :

  • La ponctuation : effet de variation, de répétition, d’insistance

Un texte littéraire n’est pas une suite aléatoire de mots, mais une idée. En tant que tel, la ponctuation est importante pour comprendre le sens et l’intention derrière le texte.

De surcroît, la ponctuation peut aider à déterminer l’humeur de l’auteur. La ponctuation peut également servir d’outil pour clarifier ce qu’un écrivain essaie de transmettre ou ce que le lecteur veut déduire de son travail. Elle peut également être utilisée pour indiquer où une pause doit être faite dans la lecture afin de créer du suspense.

En plus, la fonction de ponctuation façonne la manière dont nous lisons et interprétons le sens textuel en fournissant des indices qui nous aident à comprendre la parole, l’interaction et la pensée au sein du système linguistique et de la société en général.

  • Les types de phrases : affirmatives, négatives, interrogatives…

Le type de phrase peut indiquer l’attitude du locuteur et l’humeur de l’auteur.

En effet, le type de phrase peut indiquer l’attitude de l’orateur et l’humeur de l’auteur. Par exemple, une phrase déclarative est une phrase qui déclare ce qui se passe dans l’histoire, une phrase impérative ordonne que quelque chose se produise et une phrase conditionnelle/interrogative/impérative pose une question à laquelle une ou plusieurs conditions doivent être remplies.

  • Catégories de mots : noms, verbes, adverbes, adjectives…

Une analyse littéraire d’un texte consiste à identifier les catégories de mots utilisés dans le texte et à interpréter leurs sens afin d’en extraire le thème du texte.

  • Niveaux de langue : soutenu, courant, familier…

Le registre d’un texte argumente dans quelle mesure il est formel ou informel. Plus la langue est formelle, plus son registre est élevé.

Les registres distinguent les différents textes et déterminent également les stratégies appropriées pour les parler et les écrire. Donc, les registres d’écriture peuvent être classés en registres généraux, familiers, techniques ou académiques.

  • Jeux lexicaux : Comment l’auteur donne aux mots une forme et une signification inhabituelle (création de néologisme, polysémie)

L’auteur, comme tous les autres écrivains, a toute une vie d’expérience et de connaissances sur lesquelles s’appuyer. Mais il ne cessera jamais d’apprendre de nouvelles façons de distiller les mots et de les façonner en formes inhabituelles.

Chaque écrivain est unique à sa manière car il a des expériences, des intérêts et une personnalité différents. L’auteur a certainement façonné son propre style d’écriture avec ces expériences et sa marque personnelle.

Lorsque l’auteur utilise des mots inhabituels, il crée un sens inconnu et unique. Le lecteur ne se contente pas de lire un texte, mais aussi de reconnaître et d’interpréter une expérience différente de celui-ci.

L’auteur utilise la technique de l’utilisation de mots inhabituels dans son écriture pour atteindre plusieurs objectifs. Il rend son écriture plus attrayante et unique en ajoutant des effets visuels. Il crée également une certaine atmosphère et une ambiance pour que son public soit immergé dans l’histoire.

  • Tonalités : Comment le texte produit une impression particulière sur le lecteur (tonalité comique, tragique, dramatique, polémique…

Il est impossible à quiconque de lire un texte sans interpréter le ton dans lequel il est écrit. Cette analyse est effectuée par une personne ou une machine.

Le ton d’un texte peut varier d’une phrase à l’autre. Cela peut être à la fois subjectif et universel, selon ce sur quoi un lecteur veut se concentrer. Cela est dû à la subjectivité du langage, ce qui signifie que le langage n’est pas objectivement vrai ou faux, mais plutôt relatif au locuteur ou à l’écrivain.

Sources :

  • GAGNON, MAISONNEUVE et PERRAULT, Guide des procédés d’écriture, Montréal, Éditions, ERPI, 2007.
  • Laurin, Michel, anthologie littéraire de 1850 à aujourd’hui, Laval, éditions Beauchemein, 2007, 324 p.

5 commentaires

  1. Merci pour cet article qui est très utile et donne l’essentiel pour réussir son étude de texte.
    Merci à toute l’équipe derrière.

  2. J’ai bien apprécié votre approche concise et bien documenté quant à la manière de bien écrire. C’est très pratique et m’y réfère parfois quand je n’ai pas le temps de consulter les explications encyclopédiques dès lors qu’on recherche une règle, un conseil, une explication. Un détail m’a interpelé, Notre Dame de Paris de Victor Hugo » n’est pas paru en 1931 mais un siècle avant, simple coquille qu’il convient de rectifier rapidement.
    Bien à vous

  3. Très indispensable, cela m’a permis de me remémorer certaines notions perdues.

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