Science Pédagogie

Les styles d’apprentissage : mythe ou réalité ?

Êtes-vous visuel, auditif ou kinesthésique ? Si un formateur vous a déjà posé cette question, vous avez été victime du neuromythe numéro un en éducation. Car oui, après des décennies de recherche, la science est formelle : les styles d’apprentissage, ça ne marche pas. Point final.

Bon, je vais pas y aller par quatre chemins. Les styles d’apprentissage ont été officiellement classés comme le premier neuromythe par la communauté scientifique internationale. Pas « théorie en débat » ou « approche controversée ». Carrément réfuté.

La recherche en neurosciences classe désormais les styles d’apprentissage comme « neuromythe #1 », ce qui signifie qu’il s’agit d’une fausse croyance sur le fonctionnement du cerveau. Ces neuromythes « simplifient à tort des concepts complexes, peuvent sembler pratiques mais sont trompeurs et s’avèrent avoir des effets négatifs sur les pratiques pédagogiques ».

Et pourtant, vous tapez « style d’apprentissage » sur Google ? Plus de 26 millions de résultats. Tout un business s’est construit là-dessus. Des formations, des tests, des livres, des méthodes révolutionnaires. Sauf que non, justement.

L’idée paraît pourtant tellement logique. Chacun a ses préférences, non ? Moi-même, pendant des années, j’étais persuadé d’être « visuel ». Du coup, je boudais les podcasts. Malin. Mais préférence ne veut pas dire efficacité d’apprentissage. C’est là toute la différence.

Cette hypothèse a vu le jour dans les années 1970 dans les pays anglo-saxons. L’idée de base ? Il existerait différentes façons d’acquérir des connaissances selon les individus. Certains apprendraient mieux en voyant, d’autres en entendant, d’autres encore en manipulant.

Le psychologue David Kolb a développé en 1984 le modèle le plus célèbre avec son cycle d’apprentissage en quatre étapes et ses quatre styles distincts. Son travail a influencé le système éducatif mondial. Problème : la recherche l’a depuis critiqué comme « trop général et scotomisant la dimension des interactions sociales dans les apprentissages ».

Mais enfin, me direz-vous, les élèves eux-mêmes déclarent avoir des préférences ! C’est vrai. Quand on leur demande, ils préfèrent souvent certaines méthodes. Seulement voilà : ce qu’on préfère et ce qui nous fait vraiment apprendre, c’est pas pareil.

Les études récentes sont sans appel. « Beaucoup de psychologues scolaires estiment qu’il y a peu de preuves de l’efficacité de la plupart des modèles de style d’apprentissage ». Plus direct, tu meurs.

Les recherches de Husmann & O’Loughlin (2018) montrent des disparités flagrantes entre les préférences déclarées des étudiants et leurs performances réelles. Autrement dit, se croire « auditif » n’améliore pas les résultats quand on écoute plutôt que quand on lit.

Et puis il y a cette évidence neuroscientifique qu’on oublie souvent : notre cerveau fonctionne de manière intégrée. Comme l’explique Susan Greenfield, neuroscientifique britannique, la méthode des styles d’apprentissage est « absurde » d’un point de vue neurologique. Les humains ont évolué pour construire une image du monde en utilisant tous leurs sens ensemble, pas un par un.

Du coup, continuer à parler de styles d’apprentissage en 2025, c’est un peu comme prescrire des saignées en médecine. Ça se faisait, c’était bien intentionné, mais maintenant on sait que ça marche pas.

Ah, la question qui fâche. Parce que bon, on a tous vécu cette situation : un prof adapte sa méthode aux « profils » de ses élèves et ça semble mieux fonctionner. Alors, mystère ou arnaque ?

En fait, c’est plus subtil que ça. Quand un enseignant croit aux styles d’apprentissage et diversifie ses approches pédagogiques, il fait effectivement du meilleur boulot. Mais pas pour les raisons qu’il croit. Il ne réussit pas parce qu’il adapte sa méthode aux « visuels » ou aux « auditifs ». Il réussit parce qu’il varie ses supports, répète l’information sous différentes formes, et surtout… il s’investit davantage.

C’est ce qu’on appelle l’effet placebo pédagogique. L’enseignant qui croit bien faire fait effectivement mieux. L’attention qu’il porte à différencier sa pédagogie améliore son enseignement, même si sa théorie de base est fausse. Un peu comme un médecin qui donne plus d’attention à son patient en lui prescrivant un placebo.

Et puis il y a ce truc fascinant : la prophétie auto-réalisatrice. L’élève qu’on dit « kinesthésique » va effectivement mieux réagir aux activités de manipulation. Pas parce qu’il a un cerveau câblé différemment, mais parce qu’on lui accorde plus d’attention, qu’on lui donne plus d’occasions de réussir, et qu’il développe lui-même cette préférence.

Les chercheurs ont identifié plusieurs raisons à cette persistance du neuromythe. D’abord, il y a notre bon vieux biais de confirmation. On retient les exemples qui confirment nos croyances et on oublie ceux qui les contredisent. Vous vous souvenez de cet élève « visuel » qui a réussi grâce à vos schémas ? Parfait. Mais vous avez zappé les trois autres « visuels » qui ont mieux réussi en écoutant vos explications orales.

Ensuite, l’industrie de la formation a un intérêt économique évident à maintenir ces croyances. Vendre un test de « profil d’apprentissage » et une formation associée, c’est plus rentable que d’expliquer que l’apprentissage efficace, c’est compliqué et ça dépend surtout du contenu et du contexte.

Enfin, ces théories flattent notre ego. Elles nous donnent l’impression d’être uniques, d’avoir un profil spécial. « Moi je suis kinesthésique, c’est pour ça que j’ai eu du mal à l’école. » Ça déresponsabilise et ça rassure. Sauf que non, en fait.

Bon, maintenant qu’on a fait le ménage dans les fausses croyances, parlons de ce qui marche vraiment. Parce que les neurosciences nous ont quand même appris des trucs fascinants sur l’apprentissage depuis vingt ans.

L’apprentissage multimodal : tous les sens ensemble

D’abord, cette découverte majeure : notre cerveau apprend mieux quand il sollicite plusieurs sens en même temps. Pas un sens à la fois selon notre « profil », mais plusieurs ensemble. C’est ce qu’on appelle l’apprentissage multimodal. Quand vous expliquez un concept en le montrant, en le décrivant et en le faisant manipuler, vous activez différents réseaux neuronaux qui se renforcent mutuellement.

La mémoire et l’effort cognitif

Ensuite, la répétition espacée. Au lieu de réviser dix fois le même jour, mieux vaut réviser une fois, puis trois jours après, puis une semaine après, puis un mois après. Votre cerveau consolide mieux l’information dans la durée. Hermann Ebbinghaus l’avait pressenti dès 1885, les neurosciences l’ont confirmé.

L’effort cognitif, aussi. Contrairement à ce qu’on croit, apprendre doit être un peu difficile pour être efficace. Quand c’est trop facile, le cerveau ne crée pas de nouvelles connexions durables. C’est le principe de la « difficulté désirable » : il faut que ça demande un effort, sans être insurmontable.

Le test et la contextualisation

Et puis il y a l’effet de test. Se tester sur ce qu’on vient d’apprendre, même sans réviser, améliore la mémorisation. Pas parce qu’on évalue ses connaissances, mais parce que l’acte de récupérer l’information en mémoire renforce les connexions neuronales.

La contextualisation compte énormément aussi. Apprendre la même chose dans des contextes différents améliore le transfert de connaissances. Si vous voulez que vos élèves réutilisent ce qu’ils apprennent, variez les situations d’apprentissage. Pas selon leur « profil », mais selon la richesse des contextes.

Les émotions et la métacognition

Les émotions jouent un rôle crucial. Un apprentissage qui génère des émotions positives se grave mieux en mémoire. D’où l’importance de créer un climat de classe bienveillant et de célébrer les progrès, même petits.

Enfin, la métacognition. Apprendre à apprendre, réfléchir sur sa propre façon de comprendre, identifier ses erreurs et ses réussites. C’est ça qui fait la différence entre un bon et un excellent apprenant. Pas son « style », mais sa capacité à piloter son propre apprentissage.

Concrètement, comment on fait quand on a passé des années à croire aux styles d’apprentissage ? Comment on enseigne efficacement sans tomber dans les neuromythes ?

Arrêter les étiquettes et observer vraiment

Premier réflexe : arrêtez de classer vos élèves. Fini les étiquettes « visuel », « auditif », « kinesthésique ». À la place, observez comment chacun réagit selon les contenus et les contextes. Paul galère en géométrie mais excelle en algèbre ? Ça ne fait pas de lui un « auditif » raté en visuel. Ça fait de lui un élève qui a besoin d’approches différentes selon les matières.

Diversifier intelligemment ses méthodes

Diversifiez vos supports, mais pas selon des profils imaginaires. Alternez parce que c’est plus riche pédagogiquement. Montrez un schéma ET expliquez oralement ET faites manipuler. Pas pour satisfaire trois types d’élèves différents, mais parce que cette multimodalité renforce l’apprentissage de tous.

Concentrez-vous sur le contenu plutôt que sur le contenant. La façon d’enseigner les fractions n’est pas la même que celle d’enseigner l’histoire. Adaptez vos méthodes à ce que vous enseignez, pas aux supposés profils de vos élèves.

Créer l’engagement et l’autonomie

Misez sur l’effort et l’engagement. Un élève qui s’ennuie n’apprend pas, qu’il soit soi-disant « visuel » ou « kinesthésique ». Créez du défi cognitif approprié. Assez difficile pour stimuler, assez accessible pour ne pas décourager.

Apprenez à vos élèves à apprendre. Montrez-leur comment réviser efficacement, comment s’auto-tester, comment identifier leurs erreurs. Ces compétences métacognitives leur serviront toute leur vie, contrairement aux étiquettes de style d’apprentissage.

Rester à jour scientifiquement

Enfin, restez curieux des vraies recherches en éducation. Les neurosciences progressent vite, les techniques pédagogiques évoluent. Méfiez-vous des formations qui promettent des méthodes révolutionnaires basées sur des « découvertes récentes sur le cerveau ». Vérifiez les sources, croisez les informations.

Et surtout, gardez votre bon sens. Si une théorie pédagogique vous semble trop belle pour être vraie, c’est probablement le cas. L’apprentissage efficace, c’est complexe, contextuel, et ça demande du boulot. Pas de raccourci magique, pas de profil miracle. Juste de la bonne pédagogie, basée sur ce qu’on sait vraiment du fonctionnement du cerveau.

En conclusion

Alors voilà, on a fait le tour. Les styles d’apprentissage, c’est fini. Pas « controversé », pas « en débat ». Fini. Les neurosciences ont tranché, et c’est tant mieux.

Ça veut dire qu’on peut arrêter de perdre du temps à étiqueter nos élèves et se concentrer sur ce qui marche vraiment : la multimodalité, l’effort cognitif, la répétition espacée, les émotions positives. Des techniques validées scientifiquement qui profitent à tous les élèves, sans exception.

Au final, se débarrasser de ce neuromythe, c’est libérateur. Plus besoin de se demander si Mathilde est « visuelle » ou « auditive ». On peut juste se demander comment l’aider à mieux apprendre. Et ça, c’est autrement plus intéressant.

FAQ : vos questions les plus fréquentes

Comment savoir si je suis visuel, auditif ou kinesthésique ?

Vous n’êtes ni l’un ni l’autre. Ces catégories n’existent pas scientifiquement. Vous avez des préférences, mais elles ne déterminent pas votre efficacité d’apprentissage.

Les tests de styles d’apprentissage sont-ils fiables ?

Non. Aucun test n’a été validé scientifiquement. Ces questionnaires ne prédisent pas vos performances d’apprentissage.

Faut-il adapter l’enseignement aux profils des élèves ?

Diversifiez vos méthodes, mais pas selon des « profils » imaginaires. Faites-le pour enrichir l’apprentissage de tous et maintenir l’attention.

Si c’est faux, pourquoi ça semble marcher parfois ?

Effet placebo pédagogique. L’enseignant qui croit bien faire et diversifie ses approches fait effectivement mieux, mais pas pour les raisons qu’il croit.

Que faire si j’ai toujours cru aux styles d’apprentissage ?

Gardez vos bonnes pratiques de diversification, abandonnez les étiquettes. Vos élèves ne perdront rien, bien au contraire.

Comment bien apprendre alors, concrètement ?

Apprentissage multimodal, répétition espacée, effort cognitif adapté, effet de test, émotions positives. Développez la métacognition de vos élèves.

Les intelligences multiples de Gardner, c’est pareil ?

C’est un autre neuromythe. Même confusion entre préférences et efficacité d’apprentissage, même absence de validation scientifique.

Dois-je arrêter de dire que je suis « plutôt visuel » ?

Dites « je préfère les schémas » plutôt que « je suis visuel ». Ça ouvre plus de possibilités que ça n’en ferme.

Bibliographie

  • Gaussel, M. (2016). Ce que la recherche nous dit sur les styles d’apprentissage (ou retour sur un mythe tenace). Édupass.
  • Husmann, P. R., & O’Loughlin, V. D. (2018). Another nail in the coffin for learning styles? Disparities among undergraduate anatomy students’ study strategies, class performance, and reported VARK learning styles. Anatomical Sciences Education, 11(6), 579-586.
  • Olry-Louis, I. (1995). L’évaluation des styles d’apprentissage : construction et validation d’un questionnaire contextualisé. L’Orientation Scolaire et Professionnelle, 24(4), 403-423.
  • Olry-Louis, I. (2003). Les styles d’apprentissage : entre flou conceptuel et intérêt pratique. Savoirs, 2(2), 9-28.
  • Pashler, H., McDaniel, M., Rohrer, D., & Bjork, R. (2008). Learning Styles: Concepts and Evidence. Psychological Science in the Public Interest, 9(3), 105–119.
  • Pasquinelli, E. (2012). Neuromyths: Why do they exist and persist? Mind, Brain, and Education, 6(2), 89-96.
  • Tual, M., et al. (2024). Comment passer de la diffusion des neuromythes à l’adoption de pratiques fondées sur des données probantes en éducation ? Revue de psychologie cognitive.
  • Willingham, D. T. (2005). Do visual, auditory, and kinesthetic learners need visual, auditory, and kinesthetic instruction? American Educator, 29(2), 31-35.

4 commentaires

  1. Mon petit garçon a 16ans ,il a des difficultés scolaires,après des gardes alternées en primaire , bagarres ,menaces de mort , hospitalisation de la maman,papa prison …. j’aimerais l’aider par un tutorat pédagogique pour une remédiation..il est en seconde pro ,il comprend avec difficultés le français

  2. Je comprends que vous souhaitez aider votre fils à surmonter ses difficultés scolaires en lui offrant un tutorat pédagogique pour une remédiation. C’est un geste louable de votre part en tant que parent. Un tutorat peut être une excellente solution pour fournir un soutien supplémentaire et une attention individualisée à votre fils. Je vous encourage à rechercher des professionnels de l’éducation, tels que des enseignants ou des tuteurs spécialisés dans la matière dans laquelle votre fils éprouve des difficultés, en l’occurrence le français. Ils pourront adapter leur enseignement en fonction des besoins spécifiques de votre fils et l’aider à améliorer sa compréhension de la matière. N’hésitez pas à vous renseigner auprès de l’établissement scolaire de votre fils pour obtenir des recommandations ou à contacter des organismes spécialisés dans le soutien scolaire. Je vous souhaite à vous et à votre fils le meilleur dans ce parcours de remédiation.

  3. Bonjour, pourriez-vous m’indiquer la source pour votre partie sur les différents types d’apprentissages merci.

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