Pédagogie par projet

Les limites de la pédagogie par projet

La pédagogie de projet est une approche récente de la pédagogique différenciée. Mais, lorsque l’enseignant essaie quelque chose de nouveau, il est normal d’éprouver certains problèmes de la pédagogie de projet et d’identifier des contraintes à la réalisation des projets pédagogiques. Nous présentons dans cet article les problèmes et les limites de la pédagogie de projet :

4 difficultés et limites de la pédagogie par projet

1. La pédagogie par projet peut engendrer une confusion dans l’objet de l’apprentissage

Dans la réalisation d’un projet, l’apprenant développe plusieurs habiletés qui sont au fond les véritables objets d’apprentissage.

Dans la formation scolaire, le produit du projet figure plus comme un moyen pour réaliser des apprentissages que comme la finalité de l’apprentissage même s’il y participe bien sûr. Or, parfois, l’enseignant ou l’apprenant en arrivent à confondre le produit du projet et la démarche elle-même pour le réaliser. Cela risque de se produire surtout quand le projet est mobilisateur pour l’apprenant et qu’il y consacre dans l’enthousiasme beaucoup de temps et d’efforts.

Le produit du projet — anticipé ou en voie de réalisation — occupe alors toute l’attention de l’apprenant, qui néglige, en termes d’apprentissage, de réfléchir sur la démarche qui le mène vers la réussite ou vers l’échec selon le cas. Il en va de même pour l’enseignant qui aura tendance à juger la valeur des apprentissages réalisés selon la qualité du produit plutôt qu’en considérant toute la démarche de conduite de projet, comme ce devrait être le cas sur le plan pédagogique.

En fait, l’échec d’un projet — au sens de produit non réalisé — n’équivaut pas à l’échec de l’apprentissage qui a eu cours dans ce projet. L’enseignant et l’apprenant qui expérimentent cette formule doivent constamment se méfier d’une telle confusion.

2. Elle est parfois fortement limitée par le contexte physique et normatif de l’école

À l’étape de la gestation ou de l’anticipation, les projets — c’est bien connu — se nourrissent souvent d’idées généreuses et ambitieuses. Toutefois, quand sonne l’heure de la décision, les réserves et les interdits venant de partout dans la classe ou dans l’école se dressent devant l’apprenant sans trop s’annoncer ?

Quand ce n’est pas l’environnement normatif (réglementation, politiques, procédures) qui s’avère la pierre d’achoppement du projet, c’est l’environnement physique qui ne fournit pas l’espace, l’équipement ou les horaires suffisants pour que le projet puisse être mené à terme.

C’est ce genre de contraintes qui décourage souvent tant l’apprenant que l’enseignant de s’ouvrir généreusement à cette formule. Selon nous, deux mises en garde en découlent :

La première

La première, bien sûr, c’est l’invitation à la prudence et au réalisme. En pédagogie comme ailleurs, on ne peut pas faire table rase des éléments contextuels et environnementaux sous prétexte que la rentabilité pédagogique du projet sera toujours assurée.

Si tel devait être le cas, anarchie et déficit régneraient en maître dans l’école. L’enseignant tout comme l’apprenant doivent pouvoir distinguer, dans la pédagogie par projet, le souhaitable du possible. Une lecture réaliste de l’environnement scolaire évitera bien des efforts inutiles et fera l’économie d’un temps précieux dans la conduite du projet.

La deuxième

• Par ailleurs, on peut aussi douter des décideurs scolaires et les enseignants qui utilisent la langue de bois et les propos ronflants pour dire qu’ils sont très favorables à la pédagogie du projet, mais qui refusent en même temps de changer quoi que ce soit à leur pratique s’ils y voient la moindre menace à leur confort professionnel. Il est souvent plus facile d’être un chantre que de s’affirmer en véritable témoin du changement.

La pédagogie par projet ne peut s’instaurer institutionnellement sans créer un certain remous dans l’environnement scolaire. Il faut non seulement le prévoir, mais aussi l’accepter si l’on croit à la formule.

3. La pédagogie par projet risque d’engendrer un rapport coûts-bénéfices déficitaire

Il n’y a aucun doute à notre avis que les avantages annoncés dans l’apprentissage par projet sont beaucoup plus qu’une simple embellie et qu’en bout de piste, donc, une pratique étendue de cette formule a bien plus de chances de dégager des bénéfices dans la formation de l’apprenant plutôt que des déficits.

Cela dit, la vigilance s’impose néanmoins à cet égard. Non seulement des projets mal pensés, trop ambitieux, mal ciblés, voire trop complexes ou trop simplistes, risquent-ils d’être coûteux en argent et en temps, mais ils risquent aussi et surtout de l’être au plan pédagogique en occasions ratées — ce que les économistes nomment les coûts d’opportunité ou de remplacement.

En effet, comme la pédagogie par projet exige du temps et, très souvent, un réaménagement sensible du contenu et de l’organisation des matières disciplinaires à livrer, la question de savoir si « le jeu en vaut la chandelle » demeure toujours pertinente dans l’utilisation de cette formule.

En clair, en termes d’apprentissage pour l’élève, quel est le prix du choix de cette formule non seulement en fonction de ce qu’elle est susceptible de rapporter, mais aussi en fonction de ce qu’une autre formule aurait pu rapporter à un prix comparable ?

Trop souvent, des enseignants ou des apprenants qui travaillent par projet consacrent énormément de temps et d’énergie à la préparation et à la conduite d’un projet dont les chances de profit demeurent somme toute limitées en raison de sa nature. Est-il vraiment nécessaire, par exemple, de fonder à l’école une coopérative commerciale si le but visé est l’apprentissage de la coopération, d’une part, et la maîtrise de quelques fonctions de calcul, d’autre part ?

D’autres avenues pédagogiques pourraient probablement permettre de réaliser de tels apprentissages à moindre coût. Évidemment, si les objectifs d’apprentissage étaient plus nombreux et plus étendus que ceux mentionnés ici, un projet de cette nature trouverait alors toute sa justification.

Pour diminuer le risque d’un rapport coûts-bénéfices déficitaire dans la pédagogie par projet, l’enseignant aura donc avantage à utiliser cette formule quand plusieurs objectifs d’apprentissage compatibles sont visés.

4. Elle expose à des comportements de « fuite en avant »

Bien que la pédagogie par projet rehausse généralement la motivation de l’apprenant. Elle l’engage dans une démarche soutenue de responsabilisation. Elle ne le met pas à l’abri pour autant des remises sur le tas ou des fuites en avant. Dans cette formule, le temps est souvent un allié précieux, et parfois un transfuge dangereux…

Habituellement, à l’intérieur d’une année scolaire, la réalisation d’un projet s’effectue à moyen ou à long terme. La tentation est alors forte de remettre à demain un travail qu’une planification suivie exigerait pour aujourd’hui. Cette tentation est d’autant plus forte que la conduite d’un projet ne va pas sans moments creux ou sans obstacles imprévus. Ils découragent ou démotivent plus ou moins sensiblement l’apprenant.

À cet égard, la supervision de l’enseignant devient primordiale. Celui-ci doit non seulement aider l’apprenant à surmonter ses difficultés de parcours, mais il doit aussi lui faire comprendre qu’elles font en quelque sorte partie de son apprentissage.

On y reconnaît là au fond « le défaut de la qualité » de cette approche : en même temps qu’elle favorise l’autonomie et la responsabilisation, elle expose au risque des remises ou des démissions passagères, et cela n’est pas vraiment paradoxal : pour obtenir la vertu, il faut parfois tenter le diable !

Voilà donc en substance les avantages et les limites de pédagogie de projet qu’à notre avis l’enseignant et l’apprenant ont le plus rencontrés vraisemblablement dans l’exercice de cette formule pédagogique du projet.

Avantages et limites de la pédagogie de projet

Avantages de pédagogie de projetlimites de pédagogie de projet
  Rehausse la motivation des apprenants. • Développe des habiletés à la résolution de problèmes. • Développe l’autonomie et la responsabilité dans l’engagement. • Prépare à la conduite ultérieure de projets sociaux.  Peut engendrer une confusion dans l’objet d’apprentissage. • Est parfois fortement limité par le contexte physique et normatif de l’école. • Risque d’engendrer un rapport coûts-bénéfices déficitaire. • Expose à des comportements de « fuite en avant ».

À lire aussi…

Sources :

  • ARPIN, L. et CAPRA, L. (2001). L’apprentissage par projets. Montréal : Chenelière/McGraw-Hill.
  • BRU, M. et L. NOT (1987). Où va la pédagogie du projet ? Toulouse : EUS.
  • DIAS DE CARVALHO, A. (1987). « Du projet à l’utopie pédagogique », dans M. Bru et L. Not, où va la pédagogie du projet ? Toulouse.
  • Jean Proulx, Apprentissage par projet, 2004 — Presses de l’Université du Québec.

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