Méthodes pédagogiques

Pédagogie spiralaire : définition et mise en pratique

Vos élèves retiennent une leçon, puis l’oublient la semaine suivante ? C’est normal. Notre cerveau efface ce qu’il n’utilise pas régulièrement. La pédagogie spiralaire travaille avec cette réalité : elle fait revenir les élèves sur les mêmes notions plusieurs fois, en creusant un peu plus à chaque fois.

Le résultat ? Des apprentissages qui tiennent vraiment. Ce guide vous montre comment faire.

Imaginez une spirale qui monte. À chaque tour, on repasse au même endroit… mais plus haut. C’est exactement ça, la pédagogie spiralaire.

En classe, ça veut dire quoi ? On enseigne les mêmes notions importantes plusieurs fois dans l’année. Mais pas en répétant bêtement. Chaque fois, on va plus loin, on creuse davantage, on fait des liens nouveaux.

Cette idée vient de Jérôme Bruner, un psychologue américain. En 1960, il observe quelque chose d’important : les enfants apprennent mieux quand ils peuvent s’appuyer sur ce qu’ils savent déjà. Du coup, plutôt que d’avancer tout droit dans le programme, on revient régulièrement sur les bases pour les enrichir.

Un exemple qui parle : les fractions

Prenons les fractions. Comment ça marche avec l’approche spiralaire ?

En CE2 : Les élèves manipulent des objets réels. On coupe une pomme en deux : voilà les demies. On partage un gâteau en quatre : voici les quarts. Les enfants touchent, voient, comprennent avec leurs mains.

En CM1 : On introduit l’écriture mathématique. 1/2 pour « une demie », 1/4 pour « un quart ». Les élèves comparent des fractions avec des dessins. Ils découvrent que 2/4, c’est pareil que 1/2.

En CM2 : Les fractions deviennent un outil de calcul. On les additionne, on les transforme en nombres décimaux. On les utilise pour résoudre des problèmes concrets.

Vous voyez ? Même notion, mais chaque année on monte d’un cran. Les élèves ne repartent pas de zéro. Ils s’appuient sur ce qu’ils savent pour aller plus loin.

Pourquoi ça marche si bien

Notre cerveau a ses règles. Et la pédagogie spiralaire les respecte.

D’abord, la mémoire. Hermann Ebbinghaus l’a prouvé : on oublie 70% de ce qu’on apprend en une journée. Sauf si on y revient. Chaque fois qu’on réutilise une information, elle s’ancre mieux. C’est comme un chemin dans la forêt : plus on passe dessus, plus il devient net.

Ensuite, la charge mentale. Notre cerveau ne peut traiter qu’un nombre limité d’infos en même temps. L’approche spiralaire, c’est malin : elle réutilise ce qui est déjà en place pour ajouter juste ce qu’il faut de nouveau. Pas de surcharge.

Enfin, les connexions. Plus on utilise un réseau de neurones, plus il se renforce. Chaque retour sur une notion créé de nouveaux liens. Résultat : l’information devient plus solide et plus accessible.

Attention au piège

Il y a un écueil à éviter absolument. Jean-Pierre Astolfi le dit bien : il ne faut pas confondre spirale et cercle.

Vraie spirale : À chaque retour, les élèves franchissent une difficulté nouvelle. Ils progressent réellement. Vous pouvez mesurer cette progression.

Faux spirale (en fait, un cercle) : On refait la même chose sans aller plus loin. Les élèves butent sur les mêmes obstacles. Ils tournent en rond.

Comment savoir si vous êtes dans le bon ? Simple : évaluez vos élèves avant et après chaque retour sur une notion. S’ils stagnent au même niveau, c’est que vous tournez en rond. Il faut alors identifier ce qui bloque vraiment et changer d’approche.

Reconnaître une spirale qui fonctionne

Quatre signes ne trompent pas :

Vous savez pourquoi vous revenez sur la notion. Chaque retour a un objectif précis. Vous voulez faire franchir tel obstacle, atteindre tel niveau de maîtrise.

La difficulté augmente vraiment. Nouveaux contextes, applications plus complexes, liens avec d’autres matières. La progression est visible.

Les élèves font des connexions. Ils disent : « Ah, c’est comme ce qu’on a vu avant ! » Ils comprennent comment leurs nouvelles connaissances s’articulent avec les anciennes.

Vous pouvez mesurer les progrès. Des indicateurs concrets vous montrent que ça avance. Vous ajustez si nécessaire.

Ces repères vous aident à concevoir et à évaluer vos progressions spiralaires. L’objectif ? Que vos élèves construisent des apprentissages vraiment solides.

Les deux méthodes face à face

Vous hésitez entre enseignement spiralaire et linéaire ? Normal. Chaque approche a ses avantages selon le contexte. Voyons ça clairement.

L’enseignement linéaire, c’est le plus classique. On traite chaque notion une seule fois, de A à Z, puis on passe à la suivante. Comme un train qui s’arrête à chaque gare : on descend tout ce qu’il faut, puis direction la prochaine station.

L’enseignement spiralaire, on l’a vu, revient plusieurs fois sur les mêmes notions en approfondissant. C’est plutôt comme un escalier en colimaçon : on monte en repassant régulièrement aux mêmes endroits, mais toujours plus haut.

Quand l’approche linéaire est pertinente

L’enseignement linéaire a ses forces. Ne le jetez pas aux oubliettes !

Pour les apprentissages techniques séquentiels. Apprendre à faire une division posée, par exemple. Les étapes s’enchaînent logiquement : on ne peut pas commencer par la fin. Même chose pour l’apprentissage de la lecture : les correspondances graphème-phonème se construisent méthodiquement.

Quand le temps est limité. Vous avez trois semaines pour boucler un chapitre d’histoire ? L’approche linéaire permet de couvrir le programme sans disperser l’attention. Efficace pour les contraintes temporelles serrées.

Pour les notions simples et stables. Certains savoirs n’ont pas besoin de reprises multiples. Les tables de multiplication, une fois mémorisées, restent en place. Les règles d’orthographe grammaticale aussi.

Avec des élèves autonomes. Certains élèves préfèrent traiter complètement un sujet avant de passer au suivant. Ils se sentent plus sécurisés avec cette progression claire et prévisible.

Pourquoi choisir l’approche spiralaire

L’enseignement spiralaire révèle sa puissance dans d’autres contextes.

Pour les concepts complexes et abstraits. Les fractions, la proportionnalité, les causes de la Première Guerre mondiale… Ces notions riches méritent plusieurs approches. Chaque retour éclaire une facette différente.

Avec des élèves hétérogènes. Dans une classe où les niveaux varient beaucoup, l’approche spiralaire offre plusieurs occasions de comprendre. Thomas rate le premier passage ? Il rattrapera au deuxième. Emma qui a tout saisi dès le début ? Elle approfondira lors des reprises.

Pour les apprentissages fondamentaux. Lecture, écriture, calcul mental… Ces piliers méritent des retours réguliers. La maîtrise se construit par accumulation et renforcement progressif.

Quand vous voulez créer des liens. L’approche spiralaire tisse des connexions entre les disciplines, entre les années, entre les situations. Elle donne du sens aux apprentissages.

Comparaison pratique : enseigner les volcans

Prenons un exemple concret. Comment aborder les volcans en sciences ?

Approche linéaire (3 semaines) :

  • Semaine 1 : Structure interne de la Terre
  • Semaine 2 : Mécanismes éruptifs et types de volcans
  • Semaine 3 : Risques volcaniques et prévention

Avantage : programme bouclé rapidement, progression claire. Inconvénient : notions complexes traitées une seule fois, risque d’oubli, peu de liens avec le reste du programme.

Approche spiralaire (sur l’année) :

  • Septembre : Découverte par l’actualité (éruption récente)
  • Décembre : Structure terrestre en géologie
  • Mars : Mécanismes éruptifs en physique-chimie
  • Mai : Risques et sociétés en géographie

Avantage : concepts renforcés, liens interdisciplinaires, adaptations possibles. Inconvénient : planification plus complexe, coordination nécessaire.

Les critères de choix

Comment décider ? Voici mes repères d’accompagnatrice.

Optez pour le linéaire quand :

  • La notion est technique et séquentielle
  • Vous manquez de temps
  • Les prérequis sont simples
  • Vos élèves sont homogènes et autonomes

Choisissez le spiralaire quand :

  • Le concept est riche et complexe
  • Vous voulez ancrer durablement
  • Votre classe est hétérogène
  • Vous pouvez planifier sur le long terme

Et souvent, mixez les deux ! Dans une même séquence, certaines notions se traitent linéairement (les techniques) tandis que d’autres appellent l’approche spiralaire (les concepts).

Gérer la transition

Vous passez du linéaire au spiralaire ? Quelques conseils pratiques.

Commencez petit. Choisissez une notion importante de votre programme. Planifiez trois retours dans l’année avec des objectifs précis pour chacun.

Prévenez vos élèves. Expliquez-leur pourquoi vous revenez sur certaines choses. « On revoit les fractions, mais cette fois on va plus loin. » Ils comprennent mieux l’intérêt.

Coordonnez-vous en équipe. L’approche spiralaire gagne à être partagée. Quand plusieurs collègues s’y mettent, les élèves bénéficient d’une cohérence renforcée.

Évaluez les effets. Après quelques mois, mesurez l’impact. Vos élèves retiennent-ils mieux ? Comprennent-ils plus en profondeur ? Ajustez selon les résultats.

L’objectif n’est pas de tout révolutionner d’un coup. C’est d’adapter votre pédagogie aux besoins réels de vos élèves.

Vous êtes convaincu par l’approche spiralaire ? Parfait. Maintenant, comment s’y prendre pour structurer vos apprentissages ? Pas de panique. Je vous guide étape par étape.

La bonne nouvelle ? Vous faites déjà du spiralaire sans le savoir. Ces petits retours sur les tables de multiplication, ces rappels sur les accords… C’est ça ! Il s’agit maintenant de l’organiser consciemment.

Étape 1 : Identifier vos notions spiralaires

Toutes les notions ne méritent pas l’approche spiralaire. Commençons par repérer celles qui en bénéficient vraiment.

Commençons par les concepts fondamentaux de votre discipline. En maths, pensez aux nombres, aux opérations, à la géométrie, aux mesures. En français, regardez du côté de la phrase, du texte, de l’orthographe, du vocabulaire. Ces piliers traversent toute la scolarité. Ils méritent vraiment des retours réguliers.

Ensuite, identifiez les notions complexes et abstraites. La proportionnalité, les causes historiques, l’analyse littéraire… Ces concepts riches demandent du temps pour mûrir dans la tête des élèves. Une seule approche ne suffit jamais.

Enfin, pensez à vos « points de blocage » habituels. Vous savez bien : ces notions où vos élèves butent chaque année. Les accords du participe passé, les fractions, la compréhension de texte… L’approche spiralaire peut vraiment débloquer ces situations.

Conseil pratique : Listez 3 à 5 notions maximum pour commencer. Mieux vaut bien traiter quelques concepts que de disperser vos efforts.

Étape 2 : Planifier vos retours

Une progression spiralaire efficace, ça se prépare. Voici ma méthode.

Trois actions essentielles :

  1. Définir les niveaux de complexité : Créer 3-4 étapes progressives pour chaque notion (exemple : phrase → reconnaissance → analyse → transformation)
  2. Répartir dans l’année : Espacer les retours de 6-8 semaines minimum pour optimiser l’effet de l’oubli partiel
  3. Varier les contextes : Changer support, situation et angle d’approche à chaque retour pour créer de nouveaux liens

Ensuite, répartissez ces niveaux dans l’année. Espacez vos retours de 6 à 8 semaines minimum. C’est le délai optimal pour que l’oubli partiel joue son rôle consolidateur. Trop rapproché, vous ne faites que répéter. Trop espacé, vous repartez complètement de zéro.

Enfin, variez absolument les contextes à chaque retour. Chaque passage doit apporter quelque chose de vraiment nouveau. Changez de support, de situation, d’angle d’approche. La même notion abordée dans des contextes différents crée de nouveaux liens dans la tête des élèves.

Étape 3 : Concevoir chaque spirale

Maintenant, détaillons chaque retour. Comment concevoir une spirale qui fonctionne ?

Commencez toujours par réactiver ce que savent déjà vos élèves. Cette amorche rassure et crée le lien avec l’apprentissage précédent. « Vous vous souvenez des fractions ? Qu’est-ce qu’on avait vu ? » Cette simple question réveille les connaissances endormies.

Puis identifiez clairement l’obstacle à franchir cette fois. Qu’est-ce qui va être nouveau ? Quelle difficulté allez-vous aider vos élèves à surmonter ? Soyez très précis sur cet objectif. « Cette fois, on va apprendre à comparer les fractions. »

Proposez ensuite une situation qui déstabilise un peu. Mettez vos élèves face à un problème qu’ils ne peuvent pas résoudre avec leurs connaissances actuelles. Cette dissonance cognitive lance vraiment l’apprentissage. Le cerveau se met en alerte.

Guidez alors vos élèves dans la construction de la nouvelle compétence. Ils découvrent les nouveaux outils, les nouvelles stratégies, les nouveaux concepts. Votre rôle ? Les accompagner dans cette découverte sans tout donner d’un coup.

Consolidez enfin par une pratique variée. Multipliez les applications, variez les exercices, changez les contextes. L’automatisation se construit par cette répétition intelligente et progressive.

Un exemple complet : les fractions en spirale

Voici comment j’ai accompagné une équipe de cycle 3 sur les fractions.

Premier passage (octobre – CE2) :

  • Acquis : partage équitable, moitié, quart
  • Obstacle : passer du concret à l’abstrait
  • Situation : partager des pizzas pour un nombre donné d’enfants
  • Construction : découverte de l’écriture fractionnaire simple
  • Consolidation : reconnaissance et représentation de fractions unitaires

Deuxième passage (janvier – CM1) :

  • Acquis : écriture fractionnaire, fractions unitaires
  • Obstacle : comparer et ordonner
  • Situation : qui a la plus grosse part de gâteau ?
  • Construction : fractions équivalentes, comparaison avec l’unité
  • Consolidation : classement et encadrement de fractions

Troisième passage (avril – CM2) :

  • Acquis : comparaison, équivalences
  • Obstacle : calculer avec les fractions
  • Situation : calculer des quantités pour une recette
  • Construction : addition de fractions de même dénominateur
  • Consolidation : résolution de problèmes concrets

Vous voyez ? Même notion, progression claire, obstacles identifiés, complexité croissante.

Gérer le temps et les programmes

« Mais Claire, j’ai déjà du mal à boucler mon programme ! » Je vous entends. Voici mes astuces terrain.

Misez d’abord sur l’efficacité à moyen terme. L’approche spiralaire fait vraiment gagner du temps au final. Les élèves retiennent mieux, du coup vous passez moins de temps à re-expliquer sans cesse. L’investissement initial est rentable sur la durée.

Intégrez ensuite cette approche dans l’existant plutôt que d’ajouter des créneaux. Transformez vos séances habituelles. Vos rituels de calcul mental deviennent des retours spiralaires. Vos séances de lecture aussi. C’est plus simple que de tout révolutionner.

Coordonnez-vous aussi en équipe quand c’est possible. Quand plusieurs enseignants adoptent l’approche spiralaire, la cohérence se renforce vraiment. Les élèves bénéficient d’une progression fluide d’une année à l’autre. Ça change tout.

Acceptez enfin de moins couvrir pour mieux ancrer. C’est un choix pédagogique fort. Mieux vaut des apprentissages solides sur les notions essentielles qu’un survol de tout le programme. La qualité doit primer sur la quantité.

Adapter à l’hétérogénéité

L’approche spiralaire facilite la différenciation. Voici comment.

Proposez des niveaux d’entrée différents selon les élèves. Lors d’un retour sur une notion, certains élèves ont besoin de se réapproprier les bases. D’autres peuvent approfondir directement. Chacun trouve sa place dans cette approche souple.

Variez aussi les modalités selon les besoins. Manipulation pour les uns, abstraction pour les autres. Travail individuel ou en groupe selon les moments. L’approche spiralaire autorise vraiment cette souplesse pédagogique.

Évaluez enfin en continu pour ajuster. Repérez où en est chaque élève à chaque retour sur la notion. Ajustez vos groupes, vos activités, vos objectifs selon les besoins réels que vous observez.

Cette flexibilité fait la force de l’approche spiralaire. Elle respecte les rythmes individuels tout en maintenant une progression collective.

Des techniques immédiatement applicables

Vous voulez passer à l’action ? Voici cinq techniques que j’ai testées sur le terrain. Elles fonctionnent vraiment et s’adaptent à tous les niveaux.

La technique du « rappel éclair » ouvre efficacement vos séances. En deux minutes, vous réactivez les connaissances antérieures. « Qui se souvient de ce qu’on a vu sur les volcans ? » Les mains se lèvent, les souvenirs remontent. Cette amorce simple prépare le cerveau à recevoir les nouveaux éléments.

La méthode de « l’escalier conceptuel » structure vos progressions. Chaque marche représente un niveau de complexité. Vous visualisez clairement où vont vos élèves. En géométrie par exemple : reconnaître les formes, puis les nommer, puis les décrire, puis les construire, enfin les transformer.

Le « carnet de voyage spiralaire » suit les apprentissages dans la durée. Chaque élève garde une trace de ses découvertes successives sur une notion. Il voit ses progrès, comprend les liens, mesure le chemin parcouru. Cette mémoire externe soutient la construction des savoirs.

La technique du « déjà-vu enrichi » transforme les révisions en découvertes. Au lieu de dire « on révise les fractions », annoncez « on retrouve les fractions, mais cette fois avec une surprise ». L’état d’esprit change complètement. Les élèves sont curieux plutôt que résignés.

Enfin, la méthode des « connexions explicites » tisse les liens entre les apprentissages. À chaque retour, vous verbalisez les rapports avec ce qui précède et ce qui suit. « Ces fractions qu’on étudie nous serviront pour les pourcentages. » Le sens se construit ainsi progressivement.

Exemples d’activités par niveau

Chaque niveau d’enseignement a ses spécificités. Voici des activités spiralaires adaptées que vous pouvez utiliser dès demain.

En maternelle, les comptines numériques reviennent régulièrement avec des variantes. « Un petit cochon pendu au plafond » en septembre, puis « Deux petits cochons » en janvier, enfin « Cinq petits cochons » en mai. Même structure, complexité croissante, plaisir maintenu.

En élémentaire, les rituels de calcul mental suivent une progression spiralaire naturelle. Les tables de multiplication reviennent chaque semaine sous des formes différentes. Calculs à trous, problèmes express, jeux de rapidité. La mémorisation se renforce sans lassitude.

Au collège, l’analyse de textes littéraires gagne en profondeur. Un même poème étudié en 6ème pour le plaisir, revu en 4ème pour les figures de style, analysé en 3ème pour l’argumentation. Chaque lecture révèle de nouvelles richesses.

Au lycée, les concepts philosophiques se déploient en spirale. La liberté abordée par la morale en première, puis par la politique en terminale. Même notion, angles différents, compréhension approfondie.

Évaluer les apprentissages spiralaires

L’évaluation des apprentissages spiralaires demande une approche particulière. Comment mesurer des progrès qui se construisent dans la durée ?

Privilégiez d’abord l’évaluation formative continue. À chaque retour sur une notion, prenez le pouls de vos élèves. Où en sont-ils ? Qu’ont-ils retenu ? Qu’est-ce qui reste flou ? Ces diagnostics réguliers orientent vos ajustements.

Utilisez ensuite des grilles de progression par niveaux. Pour chaque concept spiralaire, définissez des paliers observables. En écriture par exemple : phrases simples, puis phrases complexes, puis textes courts, enfin textes élaborés. Chaque élève progresse à son rythme.

Créez aussi des portfolios d’apprentissage. Les élèves conservent leurs productions successives sur une même notion. Ils voient concrètement leurs progrès. Cette démarche réflexive renforce la motivation et la confiance en soi.

Organisez enfin des évaluations « à tiroirs ». Une même évaluation propose plusieurs niveaux de difficulté. Chaque élève va aussi loin qu’il peut. Cette approche respecte l’hétérogénéité tout en maintenant des exigences.

Collaborer en équipe efficacement

L’approche spiralaire gagne vraiment à être partagée. Quand toute une équipe s’y met, les effets se démultiplient. Voici comment vous y prendre.

Commencez par identifier les notions transversales de votre établissement. Quels concepts traversent plusieurs disciplines ? La proportionnalité en maths et en sciences. L’argumentation en français et en histoire. Ces ponts naturels facilitent la cohérence.

Organisez ensuite des temps de concertation réguliers. Pas forcément longs, mais fréquents. Quinze minutes en fin de conseil d’école pour faire le point. Ces échanges courts maintiennent la dynamique collective.

Partagez vos outils et vos trouvailles. Une progression spiralaire qui fonctionne en maths peut inspirer les collègues d’autres disciplines. Cette mutualisation enrichit les pratiques de chacun.

Créez enfin un langage commun avec vos élèves. Quand plusieurs enseignants utilisent les mêmes termes pour décrire l’approche spiralaire, les élèves s’y retrouvent mieux. « On approfondit », « on enrichit », « on fait des liens »… Ce vocabulaire partagé sécurise.

Résoudre les difficultés courantes

L’approche spiralaire rencontre parfois des résistances. Normal ! Voici les difficultés les plus fréquentes et leurs solutions.

« Mes élèves trouvent qu’on rabâche. » Cette réaction révèle souvent un problème de communication. Expliquez clairement pourquoi vous revenez sur certaines notions. Montrez la progression, les nouveautés, les enrichissements. L’adhésion vient avec la compréhension.

« Je n’arrive pas à tout planifier. » Commencez petit ! Choisissez une seule notion pour expérimenter l’approche spiralaire. Une fois que ça roule, étendez progressivement. Rome ne s’est pas faite en un jour.

« Les parents s’inquiètent du programme. » Rassurez-les en expliquant votre démarche. Montrez-leur les bénéfices en termes de mémorisation et de compréhension. Partagez quelques résultats concrets. La confiance se construit par la transparence.

« Mes collègues sont sceptiques. » Proposez une expérimentation commune sur une notion précise. Les résultats parlent d’eux-mêmes. L’exemple convainc mieux que les discours.

« Je manque de temps pour tout organiser. » Utilisez les vacances pour planifier vos spirales à l’année. Un investissement initial qui vous fait gagner du temps tout au long de l’année. Et puis, vous pouvez commencer simplement !

Aller plus loin dans votre pratique

Vous maîtrisez maintenant les bases de l’approche spiralaire. Comment continuer à progresser ?

Formez-vous régulièrement aux neurosciences de l’apprentissage. Comprendre comment fonctionne le cerveau enrichit votre pratique spiralaire. Les découvertes récentes confirment et précisent les intuitions pédagogiques.

Observez vos élèves avec attention. Notez leurs réactions lors des retours sur les notions. Quels signes montrent qu’ils progressent ? Cette observation fine affine votre compréhension de l’apprentissage spiralaire.

Expérimentez de nouvelles modalités. L’approche spiralaire se décline de mille façons. Testez, ajustez, innovez selon votre contexte et vos élèves. Votre créativité pédagogique n’a pas de limites.

Documentez enfin vos réussites et vos échecs. Tenez un carnet de bord de vos expérimentations spiralaires. Ces traces nourrissent votre réflexion et peuvent inspirer d’autres collègues.

L’approche spiralaire transforme vraiment l’enseignement et l’apprentissage. Elle demande un investissement initial, c’est sûr. Mais les bénéfices pour vos élèves en valent largement la peine. Leurs apprentissages deviennent plus solides, plus durables, plus cohérents. Et vous, vous retrouvez le plaisir d’enseigner avec efficacité.

La pédagogie spiralaire offre une alternative puissante à l’enseignement linéaire traditionnel. En organisant des retours planifiés sur les apprentissages fondamentaux, elle respecte le fonctionnement naturel du cerveau et renforce durablement les acquis.

Cette approche demande une planification rigoureuse mais s’adapte à tous les contextes. Commencez par une ou deux notions, expérimentez, ajustez selon vos observations. L’essentiel ? Que chaque retour franchisse un obstacle et enrichisse la compréhension.

Vos élèves méritent des apprentissages qui tiennent dans la durée. La pédagogie spiralaire vous y aide concrètement.

  • Astolfi, J.-P. (1992). L’école pour apprendre. ESF Éditeur.
  • Bruner, J. S. (1960). The Process of Education. Harvard University Press.
  • Ebbinghaus, H. (1885). Über das Gedächtnis: Untersuchungen zur experimentellen Psychologie. Duncker & Humblot.
  • Harden, R. M., & Stamper, N. (1999). What is a spiral curriculum? Medical Teacher, 21(2), 141-143.
  • Vygotski, L. S. (1985). Pensée et langage (F. Sève, Trad.). Messidor/Éditions sociales. (Œuvre originale publiée en 1934)

Laura Fontaine

Laura Fontaine enseigne en école primaire depuis plus de dix ans et n'a pas perdu le goût d'essayer, d'ajuster, de recommencer. Ses ressources pédagogiques sont nées dans sa propre classe, testées avec ses propres élèves. Elle partage ce qui fonctionne — avec l'honnêteté de nommer aussi ce qui ne fonctionne pas.

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