Conseil de carrière

Pourquoi le métier d’enseignant séduit-il moins ?

La profession d’enseignant n’est plus attrayante. Le plus beau métier du monde est en crise, et la société risque d’être confrontée à une pénurie d’enseignants dans un proche avenir. Ce problème laisse le système scolaire, les parents et les élèves sans enseignants. Entre manque de respect, absence de reconnaissance, pénibilité de la profession, voici le décryptage des raisons de ce désamour du plus beau métier du monde.

Par ailleurs, les enseignants font plus de tâches pour une rémunération moindre. Ces problèmes poussent les jeunes à chercher d’autres carrières. C’est la raison pour laquelle, nous n’aurons pas à l’avenir suffisamment d’enseignants qualifiés pour tous les enfants scolarisés. En 2019, en Belgique,  près de 45 % des directeurs d’école déclaraient faire face à une pénurie d’enseignants dans leur établissement. En France, le nombre de candidats au concours enseignants recule de 7,8 % dans l’édition 2020. Une grande pénurie d’enseignants, ressentie de la maternelle jusqu’en secondaire, toutes disciplines confondues.

En Belgique, 40 % des profs quittent le métier dans les cinq années après avoir commencé, la vocation gommée du tableau à coups de déceptions et d’épuisement.

Alors, pourquoi ce métier ne séduit-il plus les jeunes?

Un travail pénible

Ce métier se dégrade d’année en année et il est entré dans la liste des plus pénibles. Ceci est dû au manque de stabilité, qui amène certains enseignants à donner cours dans 3 ou 4 écoles différentes, mais aussi à l’absence de légitimité, des classes surchargées…

C’est un métier où on n’a pas le droit d’être triste, stressé ou moins concentré. La cloche sonne et on est responsable de la prochaine heure, seul. Et seul, on l’est vraiment. On nous demande d’être à la fois parent, assistant social, éducateur, référent… C’est toujours de notre faute si un élève reçoit une remarque et nous qui sommes forcément en tort.

La pénibilité du travail fait référence à la gamme croissante de tâches et de responsabilités qui ont été attachées au rôle des enseignants. Les enseignants rapportent que les récompenses de l’enseignement sont obscurcies par cela, et par le programme chargé. Ils sont stressés par la gamme de choses qu’ils doivent enseigner et par l’effet boule de neige qui émerge des exigences accrues.

La pénibilité du travail est due à de nombreux facteurs, dont le moindre est l’élargissement des responsabilités des enseignants pour inclure le développement des compétences sociales précédemment abordé à la maison. L’enseignement est bien connu pour être un travail difficile. Pourtant, travailler dur sans appréciation ni respect est un facteur de dissuasion.

« Chaque semaine, je devais préparer 11 cours différents de 2 heures, suivre en plus un cursus de religion pour pallier la pénurie, tous les mercredis après-midi et 2 samedis par mois. Mon temps libre, je le passais à revoir mes notes et corriger les interros. Plus aucune place pour ma vie privée. Dire que certains croient qu’être prof, c’est être tout le temps en congé… » Ces difficultés ternissent aussi l’enthousiasme et les espoirs des jeunes qui envisagent d’embrasser la carrière d’instituteur, et qui se heurtent à la réalité du métier. « C’est un véritable parcours de combattant pour un jeune prof qui cherche un emploi stable » explique Jessica, institutrice maternelle, ayant repris ses études pour obtenir son diplôme d’institutrice primaire. « Le contact avec les enfants et mon envie de transmission ont été mes principales motivations. Mais après plusieurs années de travail, je n’avais toujours pas trouvé une place fixe en maternelle.

Vu qu’il y a plus de postes vacants en primaire, j’espère augmenter mes chances de trouver un emploi stable dans ce domaine que j’aime malgré tout. »

Le manque de reconnaissance

Une société qui va bien est une société qui reconnaît ses professeurs.

Le manque de reconnaissance nuit gravement les enseignements. Dans une étude de l’OCDE, les enseignants français se sentent les moins formés et les moins reconnus. Or, les systèmes éducatifs les plus performants sont ceux où le métier d’enseignant est valorisé par la société, et seulement 5 % des profs pensent que leur profession l’est (contre 31 % dans la moyenne Talis), faisant de la France la lanterne rouge des pays de l’OCDE.

Source : OCDE, base de données Talis 2013.

Il ne faut pas oublier, non plus, que le travail des profs est sans arrêt remis en cause: leur méthode de travail, la notation des élèves, les devoirs et la communication avec les parents d’élèves…

Il existe pourtant des pays où le système éducatif obtient d’excellents résultats. En Finlande, par exemple, l’enseignant a une grande liberté pour le choix de sa propre méthode, et de différents types de formation continue ont été proposés pour lutter contre l’échec scolaire. De plus, des réflexions ont été menées collectivement : les syndicats, les enseignants, les encadrants et les parents sont tous pour l’intérêt de l’élève. Et cela fonctionne à merveille. Les recettes pour révolutionner l’enseignement existent donc : il serait grand temps que la France les applique.

Pour que le métier d’enseignant soit reconnu, il faut établir un climat de confiance entre les différents acteurs de la société, en commençant par la communication.

Les profs veulent qu’on les écoute.

Les profs sont peu écoutés et peu représentés dans les instances de décision. Ils n’ont aucun impact sur l’évolution des cours ou de l’enseignement.

Ceux qui quittent la profession, ont perdu le contact avec les élèves, qu’ils aimaient aider à apprendre et à s’ouvrir au monde autour d’eux, mais ils n’en pouvaient plus d’être considérés comme des simples gardiens d’enfants pour qui l’on n’a aucune considération. Comment inculquer le respect lorsqu’on a l’impression de ne pas y avoir droit soi-même ? Comment défendre l’importance du savoir, lorsqu’en le transmettant, on sent qu’il est négligé ?

L’école ne peut pas se faire sans nous. Pas plus que les décisions concernant son avenir. Nous ne devrions pas uniquement subir les conséquences des choix qui sont faits, il faut que notre détresse soit entendue et nos difficultés prises en compte. Il convient de rétablir une relation de confiance et de dialogue avec les pouvoirs publics et d’élaborer ensemble un nouveau fonctionnement.

Pour plusieurs enseignants, c’est un métier de passion, sinon ils ne le font pas. Et les enfants leur donnent énormément d’amour. C’est une grande fierté pour eux de les voir évoluer et de savoir qu’ils ont contribué à leur épanouissement et qu’ils leur ont donné le goût d’apprendre. C’est pour cela qu’ils font ce métier. Cela n’empêche pas qu’il soit épuisant et pesant.

L’enseignement devrait être à la base de tout, car les élèves sont les acteurs de demain. Pour eux aussi, pour eux surtout, il est important que l’on travaille dans des conditions optimales. Il faut penser à leur bien-être. ». Un bien-être auquel ils accèderont si l’on veille aussi sur ceux qui les guident sur le chemin de l’école.

Manque de respect

Le respect à l’égard des autres doit être appris à la maison. Les parents doivent inculquer à leurs enfants l’importance de respecter les enseignants. Comment prévenir le manque de respect des enfants envers les professeurs ?

Il est primordial que les enfants apprennent à respecter leurs enseignants dès le plus jeune âge. Cependant, nous remarquons dans la société, une protection excessive de la figure de l’élève. On lui donne beaucoup de permissivité pour faire ce qu’il veut. Cette situation, associée au peu d’outils dont disposent les enseignants, fait qu’il est très difficile pour eux d’être respectés.

Un enseignant a commenté sur la page Facebook de BienEnseigner: ‘’Le respect n’a de sens que s’il est réciproque; alors pour le respect des élèves il y a encore en France un long chemin à parcourir de la part de l’institution scolaire’’

Un autre confirme aussi: ‘’Si les parents enseignaient à leurs enfants le respect des adultes et, plus particulièrement, de leurs enseignants, on n’en serait pas là ! Ces gamins entendent toute l’année leurs parents dire que les enseignants ne sont que des fainéants payés à ne rien faire, comment voulez-vous qu’ils les respectent ? Et pourquoi un enseignant devrait-il respecter un élève qui le méprise et l’insulte ?’’

Les profs sont mal payés

Une étude de l’OCDE confirme que les enseignants français toujours dans les plus mal payés des pays développés. Ils ont des salaires inférieurs à la moyenne de l’OCDE. Le salaire statutaire des enseignants français reste nettement inférieur à celui de leurs collègues étrangers, le salaire effectif est légèrement meilleur dans le secondaire du fait des primes que certains enseignants touchent.

Ainsi, en moyenne, dans l’OCDE le salaire annuel d’un professeur des écoles s’établit à 32 258 $ en début de carrière et 41 884 au bout de 15 ans de service contre 29 516 et 35 963 en France. L’écart est donc significatif et défavorable. Il reste négatif au collège : 33 948 en début de carrière contre 31 003 et 46 780 au bout de 15 ans contre 37450. Au lycée l’écart perdure : 34 943 contre 31 003 en début de carrière et 48697 contre 37 450 au bout de 15 ans.

Sources :

  • HUBERMAN M. (1989). – ta vie des enseignants. Évolution et bilan d’une profession, Neuchâtel et Paris, Delachaux et Niestlé.
  • ALTET M. (1994). – La formation professionnelle des enseignants, Paris, PUF.
  • OCDE, base de données Talis 2013.

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