Conseil de carrière

Pourquoi les enseignants sont fatigués ?

Pourquoi les enseignants sont-ils fatigués ? Comment en est-on arrivé là ? Amer constat de tous les acteurs de l’éducation en France, sauf peut-être du ministère.

À bout de souffle, épuisés, nos professeurs !

Comment encore accepter de telles conditions de travail ? La souffrance d’enseigner interroge toujours et encore les enseignants, dont la pressante transmission du savoir avait motivé leur entrée à l’IUFM, l’école normale pour les plus anciens, ou à passer les concours du CAPES ou de l’agrégation. Cette profession souvent décriée pour la durée de leurs vacances n’en peut définitivement plus. La crise sanitaire a mis en exergue un mal-être profond, malgré la fierté qu’ils peuvent aussi ressentir à travers la réussite de leurs élèves. Alors enseigner est-il devenu un métier à protéger ?

Pourquoi les enseignants sont-ils si fatigués ?

Les enseignants peuvent se retrouver accablés de fatigue pour une multitude de raisons, souvent intrinsèquement liées aux défis uniques et aux exigences élevées de leur métier. Explorons plus avant ces contraintes liées au métier d’enseignant :

1. Charge émotionnelle élevée

Au quotidien, les enseignants naviguent à travers un océan d’émotions, qu’elles soient issues de leurs élèves ou de leurs propres ressentis. La gestion de ces émotions, allant de la frustration à l’excitation, en passant par la déception, exige un effort physique et mental considérable. Ces émotions intenses sollicitent le corps, augmentant le rythme cardiaque et la tension musculaire, et peuvent rapidement mener à un état de fatigue chronique.

2. Manque de temps

La pléthore de tâches assignées aux enseignants — préparation des cours, correction des devoirs, réunions diverses, soutien aux élèves — fait du temps une ressource extrêmement précieuse et souvent insuffisante. Cette lutte constante contre le temps contribue à un sentiment permanent de course contre la montre, aggravant le stress et la fatigue.

3. Épuisement professionnel

Le burnout est un phénomène courant chez les enseignants, résultant d’un stress chronique et d’un sentiment d’insuffisance de soutien de la part du système éducatif. Ce sentiment peut engendrer un cynisme croissant, un détachement vis-à-vis de leur travail, et un épuisement généralisé qui sape leur énergie et leur motivation.

4. Défis systémiques de l’éducation

Les enseignants sont régulièrement confrontés aux insuffisances du système éducatif, telles que le manque de ressources, un soutien institutionnel insuffisant, des classes surchargées, et la pression pour atteindre des objectifs académiques élevés sans les moyens adéquats.

5. Charge de travail administrative

Outre leur rôle pédagogique, les enseignants doivent souvent s’acquitter de nombreuses tâches administratives. Ces dernières, répétitives et chronophages, réduisent leur temps disponible pour la préparation créative des cours, augmentant ainsi leur niveau de stress et de fatigue.

6. Environnement de travail non soutenant

Un manque de soutien au sein de l’établissement, que ce soit en termes de reconnaissance de leur travail ou de collaboration entre collègues, peut accentuer le sentiment d’isolement et augmenter la charge mentale des enseignants.

7. Pressions extérieures

Les attentes élevées des parents et de la société en général placent les enseignants sous une pression constante. Ils se trouvent souvent au centre d’exigences parfois contradictoires ou irréalistes, exacerbant leur stress quotidien.

Comment enseigner sans se fatiguer ?

Enseigner sans se fatiguer est un art qui nécessite des stratégies spécifiques pour gérer efficacement l’énergie et minimiser le stress quotidien. Voici quelques conseils, tirés de sources fiables, qui pourraient grandement aider les enseignants à maintenir leur bien-être tout en gérant efficacement leurs responsabilités professionnelles :

Gestion du temps efficace

Adopter une méthode de travail en blocs de temps, par exemple, 45 minutes de travail intense suivies de 15 minutes de pause, peut s’avérer extrêmement bénéfique. Ce rythme permet non seulement de maintenir une concentration optimale, mais aussi de réduire la fatigue, facilitant ainsi la productivité sans s’épuiser.

Incorporation d’activités physiques et de détente

S’accorder des moments de relaxation, tels qu’une courte promenade, écouter de la musique apaisante, ou pratiquer des exercices de respiration profonde, peut revitaliser à la fois le corps et l’esprit. La musique, notamment, peut agir comme un véritable ressourcement mental et émotionnel, rechargeant les batteries en un temps record.

Attention à l’alimentation et à l’hydratation

Une alimentation équilibrée, riche en aliments énergisants comme les baies ou les légumes verts, et une hydratation adéquate tout au long de la journée sont cruciales. Ces habitudes peuvent aider à maintenir des niveaux d’énergie stables, essentiels pour faire face aux exigences de la journée.

Allègement de la charge de travail

Il est essentiel d’apprendre à déléguer certaines tâches et à ne pas hésiter à demander de l’aide lorsque cela est nécessaire. Réduire la charge de travail administratif et utiliser les technologies de manière efficace peut également contribuer à alléger le fardeau quotidien.

Recherche de soutien émotionnel et professionnel

Disposer d’un réseau de soutien fiable, que ce soit parmi les collègues ou au sein d’une communauté professionnelle, peut offrir un espace vital pour partager les défis et élaborer des solutions collaboratives. Cela permet non seulement de se sentir moins isolé, mais aussi de bénéficier de conseils et de soutien mutuels.

Réduction de l’exposition aux médias

En ces temps où les informations peuvent souvent être sources de stress, il est judicieux de limiter l’exposition aux médias, en particulier à ceux qui diffusent des nouvelles négatives ou anxiogènes. Cette pratique peut contribuer à préserver l’équilibre mental et à réduire le stress quotidien.

En intégrant ces pratiques dans leur routine, les enseignants peuvent non seulement améliorer leur qualité de vie mais aussi renforcer leur capacité à transmettre leur savoir de manière efficace et joyeuse.

Comment aider les enseignants fatigués ?

enseignants fatigués

À l’instar des soignants et de leur lutte incessante avec les hôpitaux, les enseignants répètent leurs requêtes depuis des années, semblant parler à des gouvernements marqués par une surdité profonde. Les signes de burn-out chez les enseignants sont de plus en plus manifestes.

Être respectés

Ils réclament simplement le respect :

  • Du côté de leur direction

L’accumulation des tâches administratives devient écrasante. Alex, passionné par l’enseignement, confie pouvoir gérer les élèves et les classes difficiles sans problème. « Ce qui pourrait me pousser à quitter ce métier, c’est cette gestion administrative chaotique, l’absence de soutien de la part de nos superviseurs et cette paperasserie incessante, complètement superflue, » dit-il.

  • Quant à la formation pour l’enseignement à distance

« Pour moi, c’est terminé ! » s’exclame Isabelle. « Si on me remet en enseignement à distance, je donnerai une visioconférence par semaine, et sans caméra. Le premier confinement a été assez traumatisant. Un professeur, ça enseigne en face à face, un point c’est tout. »

  • De la part des élèves et de leurs parents

Les réflexions démoralisantes sont monnaie courante. Il est fréquent de rencontrer des élèves manifestement désintéressés, convaincus de perdre leur temps et n’hésitant pas à exprimer que les leçons dispensées ne leur seront d’aucune utilité.

  • Des remarques désobligeantes aux insultes

« Il y a trop d’élèves qui manquent de respect, » soupire Maxime. Face à une violence verbale qui dégénère parfois en agressions physiques, l’atmosphère en classe peut devenir insoutenable.

Ces conditions mettent en lumière un besoin criant de changement et de soutien pour que les enseignants puissent exercer leur profession dans un environnement qui reconnaît et valorise leur travail essentiel.

Être revalorisés

« La société a toujours eu des attentes élevées pour les enseignants… pour un salaire si modeste, » déplore Aurélia. En effet, un salaire de départ à 18 000 € par an ne fait guère rêver.

Pourtant, la fierté de transmettre et de voir certains élèves réussir demeure une source de motivation pour beaucoup. Mais suffira-t-elle à contenir la vague de démissions qui s’amplifie d’année en année ? Selon la direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP), le nombre de démissions a triplé en dix ans, atteignant 1 648 en 2020/2021.

Oui, enseigner est un métier merveilleux, et nombreux sont les enseignants qui en tirent une grande fierté. Fiers des progrès des élèves, non seulement de ceux qui avancent sans cesse. Mais surtout de ceux pour qui chaque jour représente un défi, et pour qui, un beau matin, sans que l’on sache précisément pourquoi, l’effort devient possible.

Ils sont fiers d’avoir su créer un esprit de groupe dans leurs classes. Et mieux encore, un sentiment d’appartenance à une communauté bienveillante. Fiers d’avoir encouragé le potentiel d’entraide entre leurs élèves.

Ils sont fiers d’innover dans les méthodes pédagogiques, parfois rigides et imposées par les institutions. Fiers de l’engagement qu’ils maintiennent envers chaque enfant qu’ils rencontrent au cours de leur carrière.

Fiers des élèves qu’ils ont su réveiller, ceux qui ne sont peut-être pas nombreux. Mais dont les prénoms restent gravés dans leur mémoire à jamais.

Malgré toutes ces fiertés et ces récompenses, la déception peut s’installer. Sandra, une enseignante autrefois passionnée et dévouée, confie avec amertume : « J’adore ce métier magnifique, mais ils ont réussi à me dégoûter. » Le manque de reconnaissance et la dévalorisation semblent éroder même les vocations les plus fortes.

Conclusion

Malala Youssafzai nous offre une réflexion à la fois belle et simple :

un enseignant, un livre, un stylo peuvent changer le monde. 

Quelle vérité profonde ! Voilà pourquoi, malgré la pauvreté, les enfants de nombreux coins du monde bravent ruisseaux, ravins et forêts, parcourant des kilomètres à pied pour rejoindre leur école. Ils sont poussés par l’encouragement de leurs parents, qui les éduquent dans le respect et la soif de savoir.

Mais alors, que s’est-il passé pour que les enfants des milieux aisés traînent des pieds à l’idée d’aller apprendre ? Pourquoi semble-t-il que leurs parents aient oublié leur rôle crucial dans la transmission du respect et du savoir ?

Il est essentiel de raviver chez chacun le désir de transmettre et d’apprendre. Il est vital de permettre aux enseignants de continuer à éduquer les acteurs de demain. Car sans enseignement, sans connaissance, sans savoir, peut-on vraiment parler d’une société ?

Hajar Lazaoui

Hajar Lazaoui travaille avec des élèves qui ont décidé, à un moment ou à un autre, qu'ils n'étaient pas faits pour les études. Son rôle est de défaire cette conviction, patiemment. Coach spécialisée dans la motivation et la confiance en soi, elle propose des approches concrètes pour redonner à chaque jeune une image d'élève capable.

2 commentaires

  1. Je suis complètement d’accord mais il faut savoir que dans d’autres pays d’Europe comme aux Pays-Bas on doit travailler 25 heures pour un temps plein, bien plus qu’en France

  2. @wolf…vous auriez même pu choisir Shark comme pseudo tellement ce dernier en dit long sur votre posture vu le niveau d’absurdité du commentaire…25h (devant élèves) aux pays bas, « bien plus qu’en France ! »… statutairement en France les professeurs du premier degré y sont déjà et ceux du second degré n’en sont plus très loin. Dans les faits ils en sont à quelques heures près pour la plupart d’entre eux, si pas plus avec les missions d’enseignement annexes (stagiaires, université, formation de collègues, compétences spécifiques -je ne parle que d’enseignement ici-) dont ils assument la charge pour une bonne partie d’entre eux et pour quelle différence de salaire avec les pays bas svp? Et je rappelle que les professeurs français sont ceux qui dispensent le plus d’heures d’enseignement à leurs élèves sur l’année. Et même comparer cette unique donnée sans parler du contexte et du reste est une ineptie…il faudrait tout prendre en compte ou presque pas seulement ce qui arrange les uns et les autres…
    Mais encore une fois si on prend un maximum de données, on ne peut que constater l’absence de politique éducative en France, le peu d’intérêt pour l’éducation nationale et l’avenir de TOUS les jeunes futurs citoyens français par les gouvernements successifs ces 30 dernières années…et je vous invite à vous intéresser aux programmes des candidats aux futurs élections en la matière ! Le quasi néant…ou au mieux des réformes « de surface » à visées purement économiques, aucuns moyens associés directement à des enjeux éducatifs et sociétaux définis précisément pour nos enfants et l’avenir de notre pays…

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