Conseil de carrière

S.O.S Professeurs en danger : le métier à protéger

Comment en est-on arrivé là ? Amer constat de tous les acteurs de l’éducation en France, sauf peut-être du ministère. 

À bout de souffle, épuisés, nos professeurs ! 

Comment encore accepter de telles conditions de travail ? La souffrance d’enseigner interroge toujours et encore, les enseignants, dont la pressante transmission du savoir avait motivé leur entrée à l’IUFM, l’école normale pour les plus anciens, ou à passer les concours du CAPES ou de l’agrégation. Cette profession souvent décriée pour la durée de leurs vacances n’en peut définitivement plus. La crise sanitaire a mis en exergue un mal-être profond, malgré la fierté qu’ils peuvent aussi ressentir à travers la réussite de leurs élèves. Alors enseigner est-il devenu un métier à protéger ?

Les enseignants au bord de la rupture.

La crise sanitaire depuis 2020 a désorganisé l’enseignement et les derniers protocoles de la rentrée de janvier 2022 ont mis le feu aux poudres. Porte-parole malgré elle, Bénédicte Bousquet institutrice à Mondragon dans le Vaucluse, en a même fait un sketch, drôle et grinçant. L’enseignant n’enseigne plus, il gère un virus. L’élève n’est plus au cœur de ses préoccupations. C’était sa principale vocation.

Comme les soignants avec l’hôpital, voilà des années que leurs demandes sont ressassées. Il semble que les gouvernements respectifs soient atteints de surdité profonde. 

 Être respectés.

Quoi de plus évident pour eux ! Être respectés :

Par leur direction. 

  • De plus en plus d’administratif à gérer.

Alex adore enseigner, « je peux gérer les élèves, les classes difficiles, mais la mauvaise gestion administrative, le manque d’appui des patrons, les documents inutiles à compléter sans arrêt, c’est ce qui va me faire abandonner la profession. »

  • Aucune formation pour le travail en distanciel.

« Ah moi, c’est mort ! » clame Isabelle, “si au collège on me recolle du distanciel, c’est une visio par semaine sans webcam. J’ai assez morflé au 1er confinement… Prof c’est en présentiel, c’est tout ».

Par les élèves et leurs parents.

  • Des réflexions démotivantes.

On voit bien que certains élèves n’ont aucune envie d’être là, qu’ils s’ennuient pensant en plus, qu’ils perdent leur temps. Et ils n’hésitent plus à le dire, rajoutant que cet enseignement transmis par les professeurs ne leur servira à rien.

  • Des remarques désobligeantes aux insultes.

« Trop d’élèves qui parlent mal aux profs” soupire Maxime. Quand on en vient à la violence verbale parfois même à de la violence physique, c’est inadmissible !

 Être considérés.

Estelle baisse les bras « acceptons d’être médiocre dans notre boulot, au moins on sera plus détendu, cela ne fera pas de mal à nos élèves ». Triste démission devant tant de stigmatisation du métier d’enseignant. Pourtant, comme chantait Reggiani ”il suffirait de presque rien”

Des moyens pour enseigner.

Dernier exemple en date, combien d’enseignants en mars 2020 ont reçu un ordinateur pour remplir leur mission en distanciel, une prise en charge de la connexion internet, de la webcam ?

Prendre en compte la charge mentale.

Sans conteste, cette pénibilité du travail d’enseignant n’est absolument pas prise en compte à quelque niveau que ce soit. A-t-elle seulement fait l’objet d’une étude ? Elle est pourtant à l’origine de dépressions puis de burn-out, un épuisement physique et moral relativisé par le ministère et relégué au second plan depuis la pandémie.

Être revalorisés.

« La société a toujours placé les attentes élevées au niveau des enseignants… pour aussi peu de salaire reçu » se désole Aurélia. Oui, un début de carrière à 18.000 € ne fait pas fantasmer les foules.

La fierté de transmettre, de voir encore des élèves réussir suffira-t-elle à éviter l’hémorragie des démissions.

Le nombre de démissions a triplé en 10 ans selon la direction de l’évaluation de la prospective et de la performance (DEPP), atteignant 1648 démissions en 2020/2021. 

Oui enseigner est un merveilleux métier, et à plusieurs niveaux les enseignants en sont fiers !

Fiers des efforts des élèves, pas ceux qui vont toujours de l’avant, ceux à qui vous avez donné de multiples raisons chaque jour sans vous lasser. Puis un jour, sans savoir pourquoi, la raison fait son œuvre et l’élève consent à faire l’effort attendu.

Fiers d’avoir su créer un esprit de groupe dans une classe, mieux, un sentiment d’appartenir à une communauté, bienveillante les uns avec les autres. Fiers d’avoir valorisé leur potentiel d’entraide.

Fiers d’innover dans les méthodes pédagogiques pourtant parfois rigides, imposées par l’institution.

Fiers de l’engagement que vous avez auprès des enfants, de tous les enfants dont vous croiserez le chemin tout au long de votre carrière.

Fiers de ces élèves que vous avez réveillés. Ils ne sont peut-être pas nombreux, mais leurs prénoms restent à jamais gravés dans votre mémoire.

Malgré tout, toutes ces fiertés, ces récompenses, ne suffisent plus déplore Sandra, « professeure dévouée depuis toujours, adorant ce métier magnifique, ils ont réussi à me dégoûter ».

Malala Youssafzai nous partage une très belle et simple pensée :

un enseignant, un livre, un stylo peuvent changer le monde. 

C’est tellement vrai ! C’est pourquoi les enfants pauvres de notre monde traversent ruisseau, ravin, forêt, font des kilomètres à pied pour aller à l’école, grâce à l’appui de leurs parents, qui les incitent au respect et à la connaissance. 

Que s’est-il donc passé pour que les enfants riches de notre monde, trainent les pieds pour aller s’instruire, pour que leurs parents aient oublié leurs rôles essentiels dans la transmission du respect et de la connaissance ?

Redonner l’envie à chacun de transmettre et de recevoir. Permettre aux enseignants de continuer d’instruire les acteurs du futur. Car sans enseignement, sans connaissance, sans savoir, une société n’existe plus. Non ?

2 commentaires

  1. Je suis complètement d’accord mais il faut savoir que dans d’autres pays d’Europe comme aux Pays-Bas on doit travailler 25 heures pour un temps plein, bien plus qu’en France

  2. @wolf…vous auriez même pu choisir Shark comme pseudo tellement ce dernier en dit long sur votre posture vu le niveau d’absurdité du commentaire…25h (devant élèves) aux pays bas, « bien plus qu’en France ! »… statutairement en France les professeurs du premier degré y sont déjà et ceux du second degré n’en sont plus très loin. Dans les faits ils en sont à quelques heures près pour la plupart d’entre eux, si pas plus avec les missions d’enseignement annexes (stagiaires, université, formation de collègues, compétences spécifiques -je ne parle que d’enseignement ici-) dont ils assument la charge pour une bonne partie d’entre eux et pour quelle différence de salaire avec les pays bas svp? Et je rappelle que les professeurs français sont ceux qui dispensent le plus d’heures d’enseignement à leurs élèves sur l’année. Et même comparer cette unique donnée sans parler du contexte et du reste est une ineptie…il faudrait tout prendre en compte ou presque pas seulement ce qui arrange les uns et les autres…
    Mais encore une fois si on prend un maximum de données, on ne peut que constater l’absence de politique éducative en France, le peu d’intérêt pour l’éducation nationale et l’avenir de TOUS les jeunes futurs citoyens français par les gouvernements successifs ces 30 dernières années…et je vous invite à vous intéresser aux programmes des candidats aux futurs élections en la matière ! Le quasi néant…ou au mieux des réformes « de surface » à visées purement économiques, aucuns moyens associés directement à des enjeux éducatifs et sociétaux définis précisément pour nos enfants et l’avenir de notre pays…

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