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5 raisons pour lesquelles les enseignants doivent arrêter la positivité toxique

Choisir entre vos enfants et vos élèves. Enseigner aux étudiants en ligne et en personne en même temps. Travailler deux fois plus dur sans augmentation de salaire. Pour beaucoup, c’est cela, enseigner en 2020. Eh oui, écrire « les enseignants peuvent pratiquement tout faire » avec du glaçage et le mettre sur un gâteau dans le salon des enseignants, c’est bien. Entendre « nous sommes tous dans le même bateau », c’est bien. Les cris du personnel les vendredis soirs pour célébrer tout le travail acharné et supplémentaire que font les enseignants, c’est bien. Mais savez-vous ce qui est plus beau ? Trouver le temps de préparation adéquat pendant les heures légales de travail pour la planification. La prime de risque pour les enseignants qui enseignent en présentiel. Et qu’en est-il des cultures scolaires qui ne sont pas centrées sur la positivité toxique, mais sur la santé physique et mentale des enseignants ?

Qu’entend-on par positivité toxique ? 

Quand quelqu’un vous dit « ça pourrait être pire » ou « regardez le bon côté », il peut vouloir bien faire, mais ce qu’il dit est un exemple de positivité toxique. La positivité toxique est lorsque nous nous concentrons sur le positif et rejetons, nions ou déplaçons le négatif. En théorie, cela semble être optimiste, mais en réalité, mettre de côté nos émotions désagréables ne fait que leur faire prendre plus d’importance.

Dans les écoles, la positivité toxique peut prendre la forme d’administrateurs exhortant les enseignants à « prendre soin d’eux-mêmes », mais les chargeant ensuite de réunions et de responsabilités supplémentaires. Cela peut aussi ressembler à quelqu’un qui dépense de l’argent pour accrocher plusieurs banderoles à message dans le couloir, mais n’achète pas assez de savon pour la salle de bain. Cela peut ressembler aussi à des conversations qui encouragent les enseignants à « rester positifs » sans approfondir les questions qui comptent vraiment, qu’il s’agisse de la Covid-19, de l’équité ou de la culture scolaire.

La positivité toxique doit disparaître : cela commence avec nous

Arrêtons de dire aux professeurs de faire du yoga et de prendre des bains (sauf si c’est ce qu’ils veulent et choisissent de faire). Commençons par plaider en faveur des enseignants et à œuvrer pour un changement systémique afin que les enseignants soient traités comme des professionnels (dont beaucoup ont une maîtrise) qui sont des experts dans leur contenu et qui ont la tâche importante (et parfois ingrate) d’enseigner à nos enfants.

Et maintenant je vais dire quelque chose qui pourrait en écorcher quelques-uns. Pour que les choses changent, il faut commencer par changer nous, les enseignants.

Arrêtons de porter notre stress comme un badge d’honneur et commençons à vivre dans la réalité.

Bien qu’il puisse sembler tentant de blâmer notre administrateur ou notre district ou le ministère de l’Éducation ou notre société, cela ne nous donnera rien de mieux pour 2020. Au lieu de cela, arrêtons de rester dans la positivité toxique (“nous pouvons le faire !” ; “moi, j’ai pleuré une seule fois aujourd’hui !”) et commençons à vivre dans la réalité (“non, je ne peux pas faire ça parce que ce n’est pas dans mon contrat” et “non, je ne vais pas travailler toute la nuit et chaque weekend parce que ce n’est pas dans mon contrat”).

Ainsi, alors que 2020 est complètement hors de contrôle et que la seule certitude est l’incertitude, voici les cinq choses que j’aurais aimé faire lorsque j’enseignais. Passons de la culture du « Je peux tout faire et plus » à « Je peux faire ce pour quoi j’ai été embauché.e.»

1. Arrêtez de vous présenter tôt et de rester tard

J’ai vécu cela dans toutes les écoles où j’ai enseigné. Il y avait une concurrence passive-agressive pour savoir qui travaillait plus longtemps et, par conséquent, plus dur. C’était un signe d’honneur d’être le professeur qui était le premier à se garer sur le parking. Arrêtons ça. Si vous voulez arriver à l’école tôt parce que c’est à ce moment-là que vous êtes le plus productif et que vous le pouvez, c’est parfait. Mais si vous vous réveillez, si vous vous dépêchez le matin et que vous vous précipitez à l’école parce que vous pensez devoir le faire, arrêtez-vous. Et pour ce qui est de rester tard, beaucoup d’entre nous ont des familles, des amis, des animaux de compagnie et des raisons de rentrer à la maison (même si cette raison est Netflix).

2. Arrêtez d’emmener du travail avec vous partout où vous allez

Au cours de ma première année d’enseignement, j’ai noté des copies la veille de Noël. Je gardais les interrogations des élèves dans mon sac pour que, si j’avais à attendre dans la file de l’épicerie ou au café, je pourrais les sortir et les noter. Quelle façon de vivre ! J’en ai encore des frissons quand je regarde dans le placard et que je vois le sac fourre-tout rose que j’ai trimballé partout… Un grade plus intelligent ne veut pas dire plus difficile. Tout n’a pas besoin d’une note. Il y a de fortes chances que vos élèves ne lisent même pas les neuf cents commentaires que vous avez passé à écrire pendant votre samedi.

3. Arrêtez de dire « oui » à plus de travail parce que vous sentez que vous le devez

J’essaie vraiment d’éliminer le mot « je devrais » de mon vocabulaire. Dois-je dormir seulement quatre heures la nuit pour avoir un plan de cours magnifiquement conçu chaque matin ? Je ne sais pas. Je sais que je ne veux pas. Plus vous donnez aux « je devrais », plus le ressentiment s’accumule, et je crois que le ressentiment est la raison pour laquelle de nombreux enseignants quittent l’enseignement. Oui, nous sommes des gardiens. Oui, nous aimons nos élèves. Oui, nous sommes entrés dans cette profession parce que nous nous soucions profondément de l’enseignement et de l’apprentissage. Cela ne veut pas dire pour autant que nous devions nous sacrifier pour faire plus pour les autres. C’est normal de dire non. En fait, c’est exactement ce que nous devrions commencer à faire pour être bien.

4. Réécrivez l’histoire : le récit de l’enseignant martyr qui travaille 24 heures sur 24, 7 jours sur 7

Combien de réunions de professeurs ont commencé avec un collègue partageant : «J’ai travaillé tout le weekend pour me préparer pour cette semaine !» ou « J’ai à peine dormi la nuit dernière parce que j’avais trop de choses à faire ! » Soupir… Ce n’est pas un signe d’honneur, et le fait de dire que vous n’avez pas de limites et que vous travaillez tout le weekend contribue à un récit d’enseignement qui ne vous sert ni vous, ni personne d’autre. Et si on commençait à dire : « J’ai passé le weekend à faire la sieste et à lire » au lieu de « J’ai dû faire sept lessive et corriger les copies de sept classes de cours.» Ou que diriez-vous de « Je n’ai pas du tout pensé à l’école ce weekend » ?

5. En fin de compte, enseigner est un travail, et c’est normal de le voir de cette façon

Les années que j’ai passé à enseigner dans une salle de classe sont des années dont je suis le plus fier (pour certaines). Mais quand je regarde en arrière sur mon auto-enseignement et que je me vois travailler 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, pleurer dans ma voiture sur le chemin du retour et manquer les conférences parents-enseignants de ses propres enfants parce qu’elle n’avait pas le courage de terminer la sienne à temps, je me sens triste. J’ai aussi fait partie du récit. J’étais le professeur « oui » et le professeur « devrait », et peut-être aurais-je dû dire non et faire du yoga parce que je le voulais. La vérité, c’est que j’ai vu l’enseignement comme une vocation, pas comme un travail. Vous pouvez vous soucier de vos enfants et aimer enseigner tout en quittant l’école lorsque l’école se termine. Si c’était le cas, j’enseignerais peut-être encore.

Nous aimerions connaître vos expériences avec la positivité toxique dans les écoles.

Source

9 commentaires

  1. Je connais depuis longtemps la positivité toxique même si je ne mettais pas de nom sur cela… Votre article me fait du bien et me fait réaliser beaucoup de choses.
    Depuis que nous avons changé de chef d’établissement et fusionné, nous entendons très souvent ce genre de discours:
    Dans d’autres écoles, c’est pire!
    Si on nous demande des heures de bénévolat, la réponse est mais moi aussi je passe mes nuits à travailler…
    Tu vas y arriver, comme d’habitude!
    J’en passe beaucoup…
    Et parallèlement à cela, nous avons des « prenez soin de vous »….
    Résultat, 2 ans d’arrêt…. et à mon retour, rien n’a changé…
    Que faire? Quitter l’enseignement ? J’y pense de plus en plus…

  2. J’ai trouvé cet article très intéressant. Je me reconnais dans tous les points. C’est difficile de ralentir et de faire moins alors qu’on peut toujours faire plus. L’enseignement est un métier complexe où on assume maintes responsabilités. Je me questionne de plus en plus sur ma profession. Après 15 ans, je constate que je n’arrive pas à diminuer mon nombre d’heures. J’aime ce que je fais, mais j’aimerais trouver un meilleur équilibre en étant satisfaite de ce que j’ai réussi à faire dans mon 32h. Je me demande souvent si je dois me rediriger vers autre chose afin de trouver un meilleur équilibre. On m’a déjà répondu que je risquais de mettre autant de temps dans un autre travail puisque je suis comme ça. Ma réflexion se poursuit.

  3. Je suis en arrêt pour cette raison maintenant. Les choses doivent changer. Je recherche des formations à suivre durant ce moment. Qui peut m’aider? Merci

  4. Merci pour cet article, je m’y retrouve entièrement. Cela fait maintenant deux ans que j’ai démissionné de l’éducation nationale pour toutes ces raisons évoquées dans cet article et je ne regrette en rien mon choix.
    Aujourd’hui je suis auto-entrepreneur, mes revenus sont bien plus faibles qu’avant mais à côté de cela ma qualité de vie est bien meilleure. Aujourd’hui je fais les choses comme j’ai envie de les faire et comme j’estime qu’elles doivent être faites et non plus comme on me demande de les faire.
    Quand je dis que j’ai démissionné de l’éducation nationale, beaucoup me disent : « Je te comprends, les mômes aujourd’hui, il faut les supporter ! ». Eh bien non ce n’est pas ça le problème ! Je dirais même que les élèves c’est la seule chose qui aurait pu me retenir dans l’éducation nationale…

  5. Merci pour cette vision de l enseignement tellement réaliste.Tombee en burn out après 30 ans de plaisir à enseigner et refuser celui ci pendant 1an car plein de culpabilité et se dire que je n y arrivais plus : week-end ,matin soir, congés consacrés à l école (quand ma fille était petite j étais même pressée de la mettre au lit pour préparer mon travail pour l école !)Sans parler des projets de classe ou d école non soutenus par des directions et pour lesquels vous étiez tellement enthousiaste !L agressivité de certains parents, aussi, qui au fil des années ne supportent pas quand on les convoquent pour aider leurs enfants car ,pour eux nous devenons intrusifs.Malgré tout cela je pense toujours que c est le plus beau métier du monde et je l adore!J ai mis en pratique le lâcher prise , réduit mon temps de travail ,déculpabilisé et suis à nouveau heureuse d aller à l école !

  6. J’étais comme ça avant. Maintenant j’ai appris à lâcher et paradoxalement je suis plus performante parce que mieux organisée. Je suis au collège de 8h30 à 17h30. Je m’accorde 30 minutes le midi pour manger mais en contrepartie mon sac reste au collège le soir et le weekend. Je mutualise mes cours avec mes collègues, on bosse avec les mêmes échelles descriptives donc gain de temps au niveau des évaluations, j’ai établi des cours « fixes » d’une année sur l’autre (oui, l’imparfait de l’indicatif peut rester tel quel de la 6e à la 3e) et des tampons de commentaires-types genre « Rappel : une phrase commence par une majuscule et se termine par une ponctuation forte. » Ou « Cite le texte pour justifier la réponse. » Ça a demandé un peu de travail en amont et d’accepter de travailler en équipe, mais au final c’est un gain de temps et énergie non négligeables. Je passe mes cours à mes collègues, je récupère leurs séquences, que je rebidouille vite fait à ma sauce si des trucs ne me plaisent pas, on a des progressions communes donc dès septembre on sait où aller pour le dnb blanc. Les parents ne peuvent pas dire « les cours sont mieux avec Mme Machine qu’avec vous » puisque ce sont mes mêmes polys.
    Arrêter de vouloir tout faire seul, s’imposer des limites horaires, y compris sur les temps de correction des copies. Au début c’est chaud à mettre en place mais ça marche. Et meilleure ambiance dans l’équipe.

  7. J’enseigne depuis 35 ans. Pourquoi j’ai réussis à tenir si longtemps? Je crois que j’ai eu la chance de décrocher à chaque jour. Quand je quitte l’école, j’oublie l’école. Je fais toute sorte de chose autre que de l’école. Cela n’a pas toujours été facile car je suis un perfectionniste . Cela ne veux pas dire que je n’ai pas triché quelques fois…J’ai aussi mes regrets, mes échecs. Comme prof d’éducation physique, je « coachais » presque tout les soirs, les tournois de fin de semaine, je jouais au hockey 2 fois par semaine. Ma femme me laissais des notes sur la table pour me dire qu’elle était découragé, seule et que les enfants avaient besoin de leur père. Pourquoi j’ai fais cela? Car j’aimais cela mais aussi car j’étais précaire. 25% à 50% de tâche selon les années. Pour compenser le manque de revenu . J’ai « Coaché » pour me donner des revenus . L’été je donnais des cours de hockey, de Basketball. Je travaillais dans des centres de conditionnement physiques. 25 ans sans prendre de vacances. Mais, aussitôt que je le pouvais, je sortais de la bâtisse scolaire. Cette année sera dernière, celle du COVID. J’aurais pu quitter l’an dernier…Mais je suis revenu pour aider la société qui est en manque d’enseignant et aussi par curiosité. En effet ma dernière sera spéciale et mémorable. Je ne regrette rien sauf d’avoir été pendant plusieurs années « positivement toxique ». Mais heureusement, j’ai arrêté en temps et maintenant je conseille mes collègues plus jeunes à ne pas l’être.

  8. D’ailleurs, on a qu’à voir le peu de considération à leur égard! On ne les défend jamais, et pire, on ne les respecte même pas!

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