Méthodes pédagogiques

La pédagogie active, une pédagogie pas si nouvelle

La pédagogie active place les élèves et les étudiants, appelés apprenants, au cœur du processus d’apprentissage dans le but d’augmenter leur niveau de motivation et de favoriser les apprentissages durables. Classée parmi les pédagogies alternatives ou éducations nouvelles de la même manière que les méthodes Montessori et Freinet ou que les éducations éco-citoyennes, la pédagogie active désigne plus largement les « méthodes actives ». Elles regroupent en réalité toutes ces pédagogies alternatives tant elle peut avant tout se définir par la négative : la pédagogie active s’oppose à la pédagogie traditionnelle employée dans de nombreux systèmes éducatifs et reposant sur un enseignement transmissif de l’enseignant aux élèves et étudiants.

Histoire de la pédagogie active

Ces méthodes ne sont pas si nouvelles puisque dès le 17ème siècle le terme de « méthode active » est employé et Jean-Jacques Rousseau dans son Émile, qui est un traité sur l’éducation, prône ce type de méthode. Ce n’est pas la méthode employée dans le système éducatif français mais elle domine dans d’autres systèmes comme aux États-Unis ou dans les pays scandinaves. De nombreux pédagogues se sont réclamés de ces méthodes actives, tels que Friedrich Fröbel en Allemagne, Adolphe Ferrière et Johann Heinrich Pestaozzi en Suisse, Célestin Freinet en France ou Maria Montessori en Italie. Tous se sont focalisés sur un aspect, un matériel spécifique, mais se revendiquent des méthodes actives car ils ont pour objectif de développer une nouvelle pédagogie centrée sur les désirs et les besoins de l’apprenant afin qu’il construise ses savoirs à travers des situations concrètes d’expérimentation.

Certains pays ont adopté ces méthodes très tôt et dans des contextes très concrets, qui ne sont pas forcément liés à l’avancée des recherches en pédagogie et en éducation. En Allemagne et en Grande-Bretagne par exemple, les écoles élémentaires observent des méthodes actives mais ce n’est qu’après la Seconde Guerre mondiale et la mise en place d’investissements massifs dans l’éducation que ces méthodes sont adoptées aussi pour les jeunes et les adultes en formation. Les années 1980 marquent un tournant pour le pays et notamment la mise en place des évaluations internationales telles que PISA. Les élèves allemands accusent un retard important par rapport aux élèves des pays scandinaves, notamment la Finlande, et les gouvernements décident ainsi de généraliser les pédagogies actives dans tout l’enseignement du primaire au baccalauréat, puis progressivement au niveau universitaire, afin de regagner une place sur la scène internationale dans un contexte de mondialisation.

La pédagogie active contemporaine

Enfin, les thèmes abordés par la pédagogie active contemporaine ne sont pas innovants et correspondent à ceux des théorisations des pédagogues : l’importance de l’éveil sensoriel, le vivre-ensemble, l’intérêt pour l’enfant, le respect de son développement, la nature, l’expérience. Il s’agit des thèmes phares de l’éducation d’aujourd’hui.

Comment motiver les élèves

Les principes de la pédagogie active

L’apprenant au centre

Si la pédagogie active devait se résumer en quelques mots, ce serait « apprendre en faisant ». Les textes et manuels sur la pédagogie active sont très nombreux et diversifiés. Ils montrent bien que le pluriel des « méthodes actives » se justifie. Cependant, quatre postulats sur l’apprentissage permettent de rassembler l’ensemble de ces méthodes en quatre stratégies pédagogiques qui unissent ce foisonnement.

Premier Postulat

Le premier est que l’expérience pratique est le mode d’apprentissage le plus efficace, même hors du contexte académique. Il donne lieu alors à l’apprentissage expérientiel. Ce modèle préconise la participation à des activités se situant dans des contextes les plus rapprochés possible des connaissances à acquérir ou des compétences à développer. L’enjeu est de susciter chez l’apprenant, après l’expérience, une boucle d’apprentissage. Elle passe par la réflexion (partage des réactions, relations de ce qui s’est produit), la généralisation et une application qui constitue une nouvelle expérience. Pour les plus jeunes, cette méthode prend parfois le nom de « tâtonnement expérientiel » . Elle peut, comme dans la méthode Montessori, requérir d’utiliser un matériel pédagogique spécifique.

Deuxième postulat

Le second postulat tient dans l’idée qu’on apprend mieux avec les autres. Il se rapproche d’une philosophie pédagogique socioconstructiviste favorisant l’apprentissage collaboratif ou coopératif. Il engage l’apprenant dans un travail de groupe . L’idée est simple: le savoir est une construction collective. Mais aussi que chacun des apprenants amène ses propres ressources au groupe pour participer.

Troisième postulat

Le troisième postulat est que l’apprentissage est favorisé lorsque l’on est confronté à un problème particulier. Il se fait lors de la résolution : il s’agit alors de l’apprentissage par problème. C’est une conception plus réaliste, plus souple et en même temps plus exigeante de la complexité de l’apprentissage chez l’apprenant. Il lui faut apprendre à mobiliser l’ensemble des ressources disponibles, à la fois ses ressources internes que sont ses connaissances et ses capacités, mais aussi externes que sont le cours de l’enseignant, les ressources bibliographiques, les ressources numériques. Il s’agit de placer l’élève en activité.

Quatrième postulat

Le dernier postulat suppose que l’on apprend mieux lorsqu’on est impliqué dans un projet particulier. Ce projet donne lieu à l’apprentissage par projet. Il comprend une phase conception et une phase de prévision d’une démarche qui décrit les différentes activités et peut les attribuer dans le cas d’un travail collaboratif. Cet apprentissage favorise l’identification des difficultés des apprenants, les problèmes qu’ils doivent résoudre. Il favorise aussi les contenus qu’ils doivent mobiliser (comprendre, assimiler, réutiliser) et la définition de plans de mise en œuvre. Les apprenants doivent convenir des différentes séquences du projet (confrontation à un problème, recherche d’informations concernant ce problème et ainsi auto-formation, recherche d’une solution au problème, évaluation de l’ensemble de la démarche).

L’ensemble de ces apprentissages repose bien souvent sur la mise en place d’un contrat technique et pédagogique entre les apprenants et l’enseignant. Le contrat présente les attentes techniques, soit les compétences à mobiliser, le volume de travail à fournir, le résultat final attendu. Il comprend également les attentes pédagogiques : l’évaluation des acquis et de la démarche adoptée. Toutes ces méthodes pédagogiques partagent la volonté de placer l’apprenant au cœur de son apprentissage, véritable acteur de la démarche pédagogique. Les situations authentiques d’expérience, de recherche, d’investigation, au cours desquels l’apprenant doit comprendre et maîtriser les différentes ressources que l’enseignant met à sa disposition, sont privilégiées.

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De l’enseignant à l’accompagnateur

Si la pédagogie traditionnelle plaçait schématiquement l’enseignant face aux élèves, au sens figuré comme littéral, la pédagogie active place l’apprenant au centre. Cela reconfigure également la place et la posture de l’enseignant. La place de l’adulte a complètement changée. Il est le médiateur entre l’enfant et ce qu’il désire savoir. En d’autres termes, il le guide vers l’indépendance de l’esprit. Il a pour mission de susciter et d’entretenir sa curiosité d’apprendre. Il doit laisser l’enfant progresser à son rythme vers ce qu’il souhaite découvrir.

Comment accompagner l’apprenant ?

Dans ce contexte, l’enseignant met à disposition de l’apprenant plusieurs moyens. Il favorise ces apprentissages dans un environnement pensé et évolutif (à l’exemple des classes flexibles). La posture de l’enseignant repose sur des principes clairs. D’abord, la pédagogie active prône une pédagogie différenciée . Elle s’appuie sur une observation de l’apprenant, une capacité de remise en question à partir de ses observations. Et également s’appuie sur du projet qu’il a pour chaque apprenant. C’est à dire, un fonctionnement fondé sur les compétences et non l’âge des apprenants. La reconfiguration de la relation entre l’enseignant et l’apprenant. Il s’agit d’une relation d’accompagnement et non de domination par rapport à l’enfant. Cette relation présume une absence de mise en compétition entre les apprenants, une confiance et une verbalisation pour les encourager. Elle encourage aussi une collaboration entre les enfants et une acceptation des différences.

Par exemple, pour les tous petits, cette relation se transforme dans des exercices classiques qui ne disparaissent pas. Mais, ils sont repensés . La méthode Montessori par exemple ne permet pas de noter les apprenants, et vise plutôt de la collaboration. Dans un exemple de dictée classique, l’enseignant corrige la copie de chacun des apprenants en rouge. Il souligne les fautes. Dans le cas d’une correction de dictée Montessori, la correction se fait au tableau où l’enseignant écrit la dictée comme l’ont fait les apprenants. Il peut choisir de mettre en avant des erreurs récurrentes faites par les apprenants. En plus, chacun compare avec sa copie pour se rendre compte de ses propres erreurs. Pour les adolescents, les méthodes actives permettent de mieux gérer les situations de négociations, en passant par une proposition d’alternatives ou par des jeux sérieux qui facilitent la communication.

Les avantages

Les avantages prônés pour les enseignants sont nombreux (respect des élèves, une organisation différente, une intégration des élèves davantage inclusive), mais leur rôle est bien plus exigeant et demande un investissement supplémentaire. Cette approche exige de l’enseignant de concilier une multiplicité de cadres possibles, une attitude bienveillante. Mais aussi un profond changement dans les habitudes et les pratiques des uns et des autres.

L’essor des pédagogies actives

Le développement des écoles alternatives, partout dans le monde, mais aussi l’essaimage des pédagogies actives au sein des écoles traditionnelles d’enseignement public témoigne d’un intérêt pour ces méthodes différentes. Cet intérêt se justifie par un changement de paradigme au sein d’une société de la connaissance où l’enseignant n’est plus la seule source d’information.

Les transformations du XXIème siècle, de l’école mais aussi du monde du travail, exigent des élèves de développer de nouvelles compétences. Elles sont axées sur la créativité, la collaboration et la résolution de problèmes concrets. Au sein des milieux professionnels, de nombreux outils se développent. Ils mettent à profit, en même temps qu’ils requièrent, ces compétences. Les nouvelles technologies collaboratives modifient le concept d’efficacité au travail. Mais aussi les modes de communication et l’accès à l’information, notamment sourcée et de qualité. Le développement d’un esprit critique solide n’en est plus que nécessaire.

Ces transformations sont rapides, et interviennent tout au long d’une carrière professionnelle. Les apprenants s’engageront à plusieurs reprises dans des apprentissages relevant de la formation continue, la scolarité ne peut ainsi pas être pensée comme un apprentissage fini. Il est essentiel pour les plus petits d’apprendre à apprendre. Et également de développer des compétences nécessaires au maintien de la posture d’apprenant tout au long de la vie que sont l’autonomie et la curiosité. C’est aux enseignants de se positionner comme modèle en se présentant eux-mêmes comme apprenants auprès de leurs apprenants.

Pédagogie active VS pédagogies traditionnelles

L’un des constats récurrents des pédagogies traditionnelles est le manque de motivation des étudiants. La pédagogie active, par ses différentes formes d’apprentissage et mettant en activité l’apprenant, permet un réel engagement de ce dernier dans des situations d’apprentissages et dans les processus qu’elles déclenchent. Elle met au défi les apprenants en diversifiant les situations plutôt qu’en les répétant. Le rôle de l’enseignant est à la fois celui d’un guide. Il est aussi un entraîneur plutôt que d’un transmetteur de contenus.

Ces méthodes valorisent également les apprentissages durables. Plutôt qu’un apprentissage superficiel, parfois lié à une forme de bachotage pour des examens, dont il ne reste presque plus rien après quelques mois, les méthodes actives prônent un apprentissage en profondeur mobilisant la mémoire à long terme. Dans une ère de la connaissance, où les savoirs scolaires sont en concurrence avec tout ce que l’on peut apprendre hors des murs de la classe, les apprenants ont besoin d’apprendre à apprendre. Mais aussi d’ancrer ces apprentissages solides.

Enfin, la pédagogie active se distingue, pour ceux qui la défendent, par une ambiance et un climat d’apprentissage différent. Il augmente le plaisir d’apprendre par des éléments positifs et amusants. L’essor de la pédagogie active tient dans ses principes qui s’appliquent de la maternelle à l’université, et au-delà. Il n’y a pas de limite d’âge bien que certains contextes d’apprentissage, tels que l’enseignement magistral, peuvent en limiter la portée.

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